Boum, boum, boum #jesuischarlie

Quelques minutes à peine après l’annonce de la fusillade, je vois fleurir sur mon mur Facebook des messages moralisateurs divers. J’ai des « amis » provenant de tous les milieux, je m’attendais à voir de tout.

  • les habituels musulmanophobes (je n’aime pas le terme « islamophobe » qui, comme le terme « antijudaïsme », n’a rien de condamnable) crachant sur tout et sur n’importe quoi, postant des images de Croisés et de Burka, profitant de l’émotion et des divisions.
  • les habituels complotistes, amis de Laurent Louis, de Dieudonné et de tant d’autres, n’attendant même pas les détails de l’affaire pour tirer des conclusions absurdes et attendues: « les Sionistes sont surement dans l’coup », « ces images sont fausses », « on nous ment ».
  • finalement, les habituels gauchistes, ceux qui crachaient sur Charlie Hebdo, qui se prennent pour de nouveaux Mendela, qui refusent la réalité d’un monde qui change, d’une recette ratée, d’un plat qui brûle dans un four mal réglé et de l’odeur de cramé qui se répand dans la maison.

C’est à chaque fois la même chose. J’ai peur quand la bombe explose, ou quand les fusils tirent, et j’ai peur quand Facebook s’allume, quand twitter se met en branle. Les attentats terroristes me font penser à des avions qui passent le mur du son, il y a deux boums. Le premier, l’attentat lui-même, la mort, la violence, la tristesse, la peur. Le deuxième, la réaction, la colère, la récupération, la connerie. Les Islamistes réussissent toujours mieux le deuxième boum que le premier, qui s’oublie vite, noyé qu’il est dans les torrents de mauvaises nouvelles quotidiennes.

Le deuxième boum, il va nous poursuivre pendant des mois. Si fort, il va nous empêcher de penser et parler, il va nous faire regarder des femmes voilées d’un oeil torve dans la rue, il va nous faire monter les yeux aux ciels quand des idéalistes chantent John Lenon, il va nous faire regarder les vidéos de pseudo-investigations qui essaient de nous faire croire que le tireur n’a pas vraiment tiré sur le policier à terre, il va nous faire hésiter quand, le jour du vote, la case « extrême-droite » ne nous dégoute plus autant qu’avant.

La police a eu le courage d’affronter le premier boum, ils se sont lancés dans le magasin et dans l’entrepôt, nous donnant en passant une fameuse leçon de courage. A nous de nous lancer dans le deuxième, d’affronter la bêtise et de ne pas abandonner. De combattre cette pollution des esprits qui nous empêchent de réfléchir, de continuer à rire des Arabes et des Juifs, de continuer de croire que la démocratie et l’égalité valent la peine de se battre et de soutenir ceux qui se battent, littéralement comme littérairement, pour nos valeurs.

A nous de faire le troisième boum.

Boum, boum, boum #jesuischarlie