Avoir honte de ses élus #GénocidedesArméniens #RBC

J’ai rarement eu véritablement honte de nos élus. J’en ai parfois détestés, Je me suis souvent moqué d’eux, je me suis souvent demandé pourquoi certaines choses n’arrivaient que chez nous, mais avoir véritablement honte est quand même quelque chose d’assez nouveau. Or, hier, ces élus qui refusent fièrement la minute de silence en mémoire du génocide arménien et les réactions extrêmement lâches qui ont suivies … c’est trop.

Génocide

Pour resituer l’histoire, nous sommes au parlement bruxellois et dans la cadre des commémorations du centenaire du génocide des Arméniens, plusieurs parlementaires souhaitent faire une minute de silence en souvenir des 1,5 millions d’Arméniens tués pendant la première guerre mondiale. Pourquoi une minute de silence pour les arméniens et pas les autres ? Parce que dans ce cas précis, outre le nombre affolant de morts, la question de la manière dont ça s’est produit à toute son importance.

Dans les années 10, le pouvoir en place (les Jeunes Turcs) rêve de reconstruire l’Empire Ottoman à l’est de l’Anatolie et se heurte aux Arméniens. Il lance alors une terrible dynamique meurtrière et industrielle dont l’objectif n’est ni de faire peur, ni de déplacer mais de supprimer un peuple, d’où le terme bien spécifique de génocide (au lieu de « massacre » ou de « nettoyage ethnique »). Cette minute de silence n’est pas seulement destinée aux Arméniens, ou même aux Turcs, mais à l’homme moderne qui a été capable de produire de tels concepts, 3 fois et sur 3 continents en un siècle à peine*.

Communautarisme

Retour au Parlement Bruxellois donc. La minute de silence n’aura pas lieu. C’est le PS qui l’en empêche et en particulier certains élus qui nient en bloc le concept du génocide. Si ils avaient nié celui des Rwandais ou des Juifs, ils auraient été foutu à la porte du parti sans discussion, mais là, il ne se passe rien. Pourquoi tant de lâcheté du PS sur cette question pourtant claire et avalisée par les historiens belges et européens dans leur grande majorité (ainsi que par les pontes du PS) ? Représentent-ils les Bruxellois ou les seuls « Bruxellois-d’origine-turque » ? Et quel est l’objectif de ce refus ?

Négationnisme

Comme c’est le cas dans la négation du génocide des Juifs, nier le génocide des Arméniens n’est jamais vraiment qu’une question de sémantique. Le débat ne tourne pas autour de détails. Les négationnistes antisémites voient derrière l’orchestration du grand mensonge la main fourbe du « sioniste » qui parvient ainsi à asseoir son pouvoir sur le monde. Le négationnisme n’est pas une opinion comme une autre. Chez les Arméniens, l’idée est la même et l’idée derrière l’idée aussi.

Lâcheté

Je suis sans doute très naïf mais cette histoire m’a tout de même étonné. Quand je dis que j’ai honte pour la première fois de mes élus, c’est sincère, je n’aurais jamais imaginé une lâcheté pareille. Il ne s’agit pas ici de montrer du doigt les Turcs comme un peuple mauvais. Rare sont les nations européennes qui n’ont pas été à la base d’un massacre plus ou moins important, en ce compris la Belgique qui, même si les historiens ne s’entendent pas sur les chiffres, a beaucoup d’introspection à faire en ce qui concerne le Congo. Je crois sincèrement qu’un génocide n’est pas que l’affaire d’un peuple ou d’un autre mais de toute l’humanité.

Citoyenneté

Alors que faire ? Comment réagir ? Je n’ai pas l’impression que ces élus négationnistes se feront taper sur les doigts par le parti. Il faut passer outre, sans faire d’amalgame sur le PS où nombreux sont ceux qui ont été aussi choqué que moi, je n’en doute pas, mais ne pas oublier ce qui s’est passé cette semaine. Ne pas faire comme d’habitude dans ce pays « tout trouver normal et oublier ». Le devoir de mémoire de la Shoah, du génocide des Rwandais et de celui des Arméniens est d’abord et avant tout un devoir citoyen.

* au moins

Avoir honte de ses élus #GénocidedesArméniens #RBC

Une bonne fête, un Roi moyen, une bien mauvaise presse

Cette année j’ai fais la totale: le 19 à Liège pour remercier Albert (ce pays où on tutoie le Chef d’Etat …), le 20 à Bruxelles pour le Bal National même si ma soirée s’est arrêtée à l’entrée de la place puisque la police ne nous laissait plus passer et le 21 rue de la Régence et face au palais. Un bon souvenir pour une fête réussie.

Les bons points

Succès de foule, records d’audience pour les 4 grandes chaînes nationales (et leurs sites internet) ce 21 juillet est une réussite populaire incontestable. On est très loin du ratage du 11 juillet où la fête de la communauté flamande n’avait rassemblé que quelques fanatiques, hommes politiques et touristes un peu perdus. Non seulement il y a avait un monde fou mais en plus les drapeaux, maquillages et autres merchandising illustrent l’enthousiasme retrouvé. Quant à Philippe, malgré ses faiblesses (j’y viens dans quelques lignes) il a été pro. Pour être honnête j’avais peur qu’il se prenne le tapis ou qu’il se goure dans sa prestation, à mon grand étonnement il avait l’air plutôt détendu et tout s’est très bien passé. Rue de la Régence, les organisations patriotiques ont fait le plein de supporters et un petit oiseau me dit que le B.U.B. aura beaucoup, BEAUCOUP, de signatures pour présenter ses listes lors des élections de 2014.

Les mauvais points

Quelques points négatifs tout de même qui rappellent que même si Filip a fait de gros efforts il est, et restera toujours, un homme mal à l’aise face à la caméra comme face au peuple. Lors du Bal National (vu à la télé donc), c’était juste … triste de voir le Prince (encore à l’époque) Philippe faire semblant de danser assis, sans avoir même déboutonné son costume démodé, craignant je ne sais quoi en regardant la foule avec un air tellement perdu. Le même, 24h plus tard, alors Roi, lors de cette déclaration improvisée au balcon du palais, a tellement de mal à dire les banalités du moment, soit quelque chose comme « merci à tous d’être venu, bla bla bla, vive la Belgique », qu’il est obligé de s’aider d’un texte. Même Mathilde semble avoir pitié pour lui.

Il faut aussi bien sûr revenir sur cette idée franchement stupide d’insérer les autocollants des régions/communautés du pays juste derrière le trône. C’est non seulement inutile (pourquoi ?), contre productif (la caméra, mal placée, ne laissait voir que le seul drapeau wallon) et symboliquement absurde (la constitution reconnaît d’autres entités, les logos sont toujours les anciens et c’est franchement … kitsch).

La presse francophone en plein délire

J’aimerais profiter de ce texte pour adresser un message à la presse francophone. Je suis royaliste, je suis ravis que Philippe soit Roi et tout et tout. J’ai eu beaucoup de plaisirs à regarder la prestation sur vos chaines et niveau technique je n’ai rien à dire. Ceci étant dit, il serait peut-être temps de se calmer un brin, vous avez distribué des posters depuis deux semaines dignes de la presse nord-coréenne, des petites couronnes en carton le 21 juillet bien unilingue comme on aime avec un « merci » écrit dessus, encensé le nouveau Roi comme jamais avec une dose d’esprit critique proche du néant … Je me demande d’ailleurs, dans le cas où il n’y aurait pas eu la brave Delphine, ce que vous auriez bien pu trouver à dire d’autre que « il est magnifique ». Il y a comme qui dirait un petit problème avec ça, niveau crédibilité surtout. Je ne dis pas qu’il faut se la jouer républicain mais il y a un juste milieu !

Une bonne fête, un Roi moyen, une bien mauvaise presse

Mais fermons le journal, je veux féliciter sincèrement le Roi en lui souhaitant d’être fort et digne durant son long règne. Cette fête restera dans nos (les pro-belges) mémoires comme d’un événement positif. C’est si rare, et je suis bien content d’en avoir été.

Vive le Roi, Vive la Belgique et vive La bonne bière bien fraîche !

et un gros kiss à tous !

Une bonne fête, un Roi moyen, une bien mauvaise presse

Comment réduire les embouteillages bruxellois avec un péage … de 2€

Plutôt que de participer aux débats franchement stériles du genre « Bruxelles pas belle VS J’aime Bruxelles », je vous propose une solution à l’un des problème les plus important de la ville : les embouteillages. Enfin, « je » est un grand mot, c’est Jonas Eliasson, un suédois spécialiste en transport qui apporte, via les TED, cette solution intéressante.

A Stockholm, ville moyenne mais aux nombreux ponts et donc goulets d’étranglement, un péage de seulement 2€ a fait chuter les embouteillages de 20%. Puisque les problèmes de circulation ne sont pas linéaires, une petite baisse peut tout changer, je m’explique. C’est à partir du moment où le nombre de voiture dépasse un seuil maximum que les embouteillages commencent, qu’on passe d’une circulation difficile à un blocage, il n’y a pas de plus en plus d’embouteillages en partant de zéro et l’inverse est aussi vrai. Si il y a 20% de voitures en moins, il y a une chute drastique du nombre d’embouteillages.

Pour Eliasson, cette mini-taxe ne force pas les conducteurs à abandonner leur voiture (il n’est pas question ici d’un péage à 1000€/année) ça les pousse à le faire, presque inconsciemment et toute la différence est là. Il montre également que dans le cas de la capitale suédoise, le soutient du public, d’abord sceptique, n’a fait qu’augmenter suite à l’introduction de cette mesure.

Comment réduire les embouteillages bruxellois avec un péage … de 2€

Place Taksim, Place Poelart : même combat

A Istanbul, la jeunesse éveillée protège ses parcs de la soi-disante modernité que propose le Premier Ministre: une mosquée et un centre commercial. Sauf que la ville, c’est autre chose, la modernité, c’est autre chose. Pas besoin d’aller à Istanbul pour être confronté à cette vision caricaturale de l’avenir, Bruxelles deviendra bientôt un centre commercial géant.

Une question de choix

Les villes européennes sont en concurrence permanente, elles doivent rivaliser d’ingéniosité pour attirer visiteurs et investisseurs. A Bruxelles, l’importance est de taille, avec un taux de chômage quasi-systémique, il faut agir, et vite. Le centre commercial semble être la seule et unique solution. Emplois, argent, on en veut à tous les coins de rue. Un centre commercial, c’est le symbole du développement, à Istanbul ou ailleurs. On essaie à peine d’autres solutions, on fonce têtes baissées chez H&M, Abercrombie et Jennifer.

Brussels Shopping City

Refaisons un instant le compte des projets de « Shopping Centres » que comptera bientôt la capitale belge : NEO, qui remplacera le so old mini Europe/Brupark, sera un centre commercial géant de 65.000m² situé en plein Laeken, une des communes les plus pauvre de Belgique, on espère que tout ça va créer de l’emploi, de la richesse … le rêve éveillé. Sauf que quelques kilomètres plus loin, à Machelen, c’est 190.000m², du délire, de magasins qui sortiront de terre. Les mêmes magasins que Rue Neuve, Porte de Namur … et NEO. Et puisque jamais deux sans trois, un troisième projet dans le même coin du pays proposera (un petit) 36.000m². A quoi, cela rime-t-il ? Mais on continue dans le délire.

Trois nouveaux centres commerciaux géants, dans le même quartier ...
Trois nouveaux centres commerciaux géants, dans le même quartier …

Le palais de justice, symbole du vide

Le Palais de Justice était le symbole de la puissance passée, de l’ambition de nos ancêtres. Un monument à la gloire de la Justice, qui sera bientôt transformé en … je vous laisse deviner … allez, oui c’est bien ça: un nouveau centre commercial. Il va falloir changer de disque, quand il y a plus de magasins que de clients et quand la grande majorité de ces clients vont chez Zeeman, Lidl et Kruidvat, tous ces centres commerciaux ultra-luxueux, ça ne mène à rien. Était-il si impossible de transformer le Palais en autre chose ? Pourquoi tout tourne-t-il toujours autour du fric dans une ville où un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté ?

Taksim, Poelart même combat

J’ai beaucoup de sympathie pour les bobos Stambouliotes, ils se battent contre la marée. Je ne crois pas qu’ils soient majoritaires malheureusement, je ne crois pas une seconde qu’Erdogan perdra les prochaines élections. Il a modernisé son pays, détruit son patrimoine et fait passer la pilule avec un peu de religion, il a tout compris de l’Europe et de l’Occident. La modernité se passera entre le Shopping Center et le lieu de prière, du pain et des jeux, un parc ça ne sert ni l’un, ni l’autre …

Place Taksim, Place Poelart : même combat

L’inéluctable échec de la frontière linguistique

Wonen in eigen streek a (avait ?) deux objectifs : premièrement (et officiellement), contrôler la hausse des prix des terrains autour de Bruxelles, deuxièmement (et réellement), contrôler la hausse du français dans le saint-rand van Brussel. Dans les deux cas, avec ou sans wooncode, les bourgmestres et ministres néerlandophones se battent contre la marée.

Le grand fantasme d’un rand vert, campagnard, propre et néerlandophone autour de Bruxelles n’est qu’une illusion offerte à des électeurs craignant la capitale, ses populations immigrées et francophones. Qu’on le veuille ou non, Bruxelles est une ville qui grandit, et c’est quasi-unique en Belgique, à une vitesse incroyable. Aujourd’hui déjà, les frontières régionales commencent à perdre une légitimité déjà fragilisée depuis longtemps par l’évolution du temps, mais ce n’est qu’un début.

Ne voir cette évolution que sous l’aspect linguistique est tentant également pour les francophones mais les choses sont plus compliquées : Bruxelles n’est pas la seule ville du coin à s’étendre puisque Malines et Anvers feront probablement bientôt jonction avec la capitale belge. Si on oublie un peu les frontières régionales et politiques, qu’on regarde une carte on ne prenant en compte que les zones habitées on se retrouve face à une Ruhrisation de la région entière. On peut d’ailleurs facilement s’en rendre compte en prenant le train Bruxelles-Anvers: les petits coins de campagne sont de plus en plus rares et ce n’est pas le RER qui va ralentir cette urbanisation.

bxlmap
La jonction Bruxelles/Malines/Anvers pour bientôt
keycardetrer
Pour les transports en commun, c’est déjà le cas

Dans 10, 20 ou 30 ans, les espaces entre les différentes villes seront encore plus réduits. Certains auront même complètement disparus et cette énorme mégalopole sera, qu’on le veuille ou non, bilingue. Alors les Wooncoden, les entreprises de découragement diverses et variées et même la séparation du pays ne pourront rien contre l’inéluctable évolution presque naturelle de Bruxelles (et de Malines… et d’Anvers). C’est pour ça qu’il faut déjà penser à l’après. Que faire de cette énormité ? Continuer à construire des murs ou penser plus grand ? plus ambitieux ?

L’inéluctable échec de la frontière linguistique

Reynders connaît-il assez Bruxelles ?

Une fois n’est pas coutume je vais prendre la défense de Didier Reynders, peut-être qu’en tant que Liégeois ayant vécu à Bruxelles près de 6 ans je me sens souvent insulté quand je vois à quel point ce faux bruxellois est traité dans les médias, par ses adversaires et même par ses collègues.

Je ne pense pas me tromper en disant que je connais probablement mieux Bruxelles que beaucoup de Bruxellois qui ne quittent jamais leur petite commune chérie. Je suis de Molenbeek, de Bruxelles et d’Ixelles, je connais Saint-Gilles et Anderlecht mieux que la plupart de ces mandataires qui font la leçon à Reynders. Je suis abonné à Brussel Deze Week, je lis la parfois la Capitale, je regarde Tv Bruxelles et Brussel, j’écoute Fm Brussel, j’ai participé à tant de foires aux boudins, de fêtes-de-tout-et-de-rien que je ne les compte plus.

Si je me présentais au même poste, on douterait quand même de ma connaissance de Bruxelles parce que je n’y suis pas né ???

Je ne veux accuser ni blâmer personne mais je n’ai jamais rencontré autant de citadins qui connaissent mal leur ville, je parle de la ville dans sa totalité, de ring à ring, de toutes ses communautés, pas seulement l’Ixellois à l’accent marrant qui boit des Volgas au Belga… Ce qui me dérange dans les déclarations du style « connaît-il Bruxelles ? » (par exemple, Rudy Vervoort dans la Libre) ce sont les sous-entendus et les développements possibles: « est-il assez bruxellois ? » ou « est-il comme nous? ».  Reynders a autant de légitimité à gouverner Bruxelles que ce Vervoort et les arguments de ce style, ça ne vaut pas un centime.

Reynders connaît-il assez Bruxelles ?

Réforme bruxelloise : ce qu’il faudrait faire au niveau belge

Je suis assez satisfait de la réforme intra-bruxelloise dont la première partie a été révélée il y a peu dans les médias, surtout néerlandophones. La réforme implique enfin une centralisation régionale des matières de mobilité (surtout) mais aussi d’urbanisme. Le nombre de sociétés de logements sociaux a également baissé passant de 33 à 15 ce qui reste étonnamment beaucoup pour une seule et même ville. Globalement la réforme est positive et elle empêche les communes de faire la loi ce qui pour moi est une belle avancée.

Paradoxalement la plupart des partis flamands demandent aux Bruxellois de faire ce qu’ils refusent au fédéral: centralisation des compétences et hiérarchisation des normes (la région aura dorénavant le dernier mot sur toute une série de compétences). Ils s’étonnent, à juste titre, du nombre incroyable de sociétés de logements sociaux mais pas du nombre tout aussi fou de parlements, gouvernements et conseils que comptent notre pays. La réforme bruxelloise a également du bon dans le sens où elle illustre le fait que des changements sont possibles et faciles sans passer par 500 jours de palabres.

Réforme bruxelloise : ce qu’il faudrait faire au niveau belge