Irresponsabilités

Irresponsabilités

Le traitement médiatico-politique des attentats parisiens est l’illustration parfaite de ce pourquoi ils ont eu lieu : ni autocritique ni prises de responsabilité.

Irresponsabilités politiques

En 1998, le ministre de la Justice Johan Vande Lanotte démissionne à la suite de l’évasion de Marc Dutroux. Même si on peut discuter des responsabilités, expliquait le ministre à l’époque[1], la moralité est une nécessité. L’évasion manquée de Dutroux a ébranlé la confiance que la population doit avoir dans ses autorités policières et judiciaire termine-t-il, applaudit par ses collègues.

Un peu plus de 10 ans plus tard, la totalité des partis au parlement belge a voté comme un seul homme l’intervention militaire en Lybie. L’échec de cette intervention est total : non seulement le peuple libyen souffre comme jamais auparavant, mais le dérèglement politique qui a succédé à la mort de Kadhafi a fragilisé toute la région et toute la Méditerranée. Les interventions en Afghanistan, les décisions vis-à-vis de la Russie ou de la Syrie sont autant d’échecs plus in-cro-yables les uns que les autres. Pourtant, les élus à la base de ces décisions sont toujours bien là, l’air grave et concerné, face à des journalistes à la mémoire courte, pour nous expliquer que la guerre fut déclarée à Paris la semaine dernière.

Durant ce début de 21ème siècle, nous, européens et américains, avons largué des bombes sur des villes dont nous ne connaissions pas l’existence, tué des innocents et poussé leurs veufs dans les bras des radicaux, pactisé avec des terroristes, soutenus des pays qui les financent et boycotté ceux qui les combattent. Mais pour tout ça, rien, pas de démission, pas de commission. On se souvient à peine du nom des ministres en charge de ces questions à l’époque dans nos différents pays et de toute façon, qui s’en préoccupe.

Pas besoin de regarder dans le passé. Depuis Paris, de nombreux responsables de la sécurité nous expliquent que les radicalisés sont connus. Fiches S en France, équivalences probables chez nous et ailleurs en Europe. Mais pourquoi ces gens sont-ils en liberté ? Paris n’a rien de nouveau, avant ça il y a eu New-York, Delhi, Londres, Madrid et même Bruxelles alors qu’attendent nos dirigeants pour prendre des décisions ? Qui ont été les ministres en charge de l’intérieur ces dernières années ? Pourquoi ne sont-ils pas interrogés par des journalistes d’investigation, tellement bons quand il s’agit de traquer les ministres qui trichent avec les appels d’offre ou les compagnies automobiles qui trichent avec l’environnement ? Pourquoi faisons-nous comme si, à chaque nouveau gouvernement, toutes les actions du précédent tombaient automatiquement sous le coup de la prescription ?

Irresponsabilités médiatiques

Certains s’étonnent à juste titre du traitement médiatique des attentats en France. A Beyrouth, la semaine dernière, une quarantaine de personnes meurent dans les mêmes circonstances qu’à Paris mais on en parle à peine, Facebook n’affiche pas le cèdre libanais et aucune édition spéciale n’est organisée. On trouve vite des experts pour excuser ces négligences mais là encore, les médias oublient la responsabilité qu’ils ont, que leurs actions, leurs choix rédactionnels ont une conséquence directe sur l’opinion publique.

Il est évident que ce qui touche Paris, nous touchera plus que ce qui touche Damas, nous les blancs bleus belges en charge de nos médias publics et principaux spectateurs, mais comment voulez-vous que réagissent les musulmans, quand nous ne sourcillons pas un instant à l’explosion d’une mosquée, mais à qui on impose des réactions outrées devant les caméras quand un malade qu’ils n’ont jamais vu et qu’ils ne cautionnent évidemment pas, commet un acte terroriste ?

Mais surtout, pourquoi les médias ne jouent-ils pas le rôle de contrôle qu’on leur demande ? Pourquoi ne sont-ils pas aussi rigoureux quand on décide de boycotter la Russie que quand Lisbeth Homans nomme un nouveau bourgmestre à Linkebeek ?

Le travail d’investigation que certains, heureusement, continuent de favoriser est d’une grande importance. L’armoire à archives ne doit pas uniquement servir à retrouver des casseroles amusantes présentées par Elodie de Selys le dimanche soir, elle renferme aussi des déclarations, des décisions qui ne doivent pas être oubliées. La responsabilité des médias est de nous expliquer comment nous en sommes arrivés là !!!

#JeSuisMolenbeek

Molenbeek est le symbole de ce que j’essaie d’illustrer ici. La commune endure ce sens de l’irresponsabilité tellement normal. Ses habitants, dont la plupart ne demandent rien à personne, subissent l’aveuglement de l’opinion nourrit par l’angélisme qui a prévalu pendant des décennies.

Les médias, toujours là pour couvrir une émeute ou une intervention policière musclée, plus rarement quand il s’agit d’en comprendre les sources et quasiment absents quand il s’agit de retrouver, dans l’histoire, les responsables de la situation, ne changeront probablement pas leur fusil d’épaule.

Jambon, pourtant au courant de la situation sur place depuis sa nomination, ne sera pas inquiété par des questions dérangeantes et l’idée même d’une démission parait folle, quelqu’un d’autre que moi l’a-t-elle-même évoquée ?

Vande Lanotte a démissionné pour moins que ça.

[1] http://archives.lesoir.be/johan-vande-lanotte-s-en-va-par-moralite-_t-19980425-Z0F59W.html

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