La majorité flamande s’attaque à l’art, et ce n’est bon pour personne …

Le nouveau gouvernement de droite nationaliste/cdnV/Vld en Flandres a abandonné l’idée d’un budget en équilibre, par contre il n’a pas abandonné l’idée de faire d’énormes coupes budgétaires un peu partout pour s’en approcher. Loin de moi l’idée de critiquer cette volonté d’économiser l’argent des contribuables, ceci dit, une série de décisions m’étonnent et me fâchent, moi qui aime tant la Flandre des musées, de la musique, de l’art et du goût. Ce qui m’étonne particulièrement, c’est que ces décisions s’attaquent au cœur même de l’identité flamande et, de la part d’un gouvernement nationaliste, c’est un fameux paradoxe, ou pas.

« [L’art et la culture] (…) sont incroyablement importants, mais ils ne servent finalement à rien, sinon au contentement général. » 

Sven Gatz, Ministre flamand de la culture.

Sven Gatz, pour qui j’ai par ailleurs beaucoup de sympathie l’ayant rencontré (il m’avait invité dans son ancien bureau sur la Grand’Place à l’époque où il présidait les Brasseurs de Belgique) est à la tête de cette fronde anti-culturelle, sous des arguments plus économiques que politiques, ce qui m’énerve d’autant plus. Environ 18 millions d’€ seront retirés à de grands noms de la culture du nord du pays: le Mukham d’Anvers ou encore l’Ancienne Belgique de Bruxelles, et ce n’est que la face visible de l’iceberg. Les membres de la majorité n’ont exprimé que du mépris pour le secteur artistique, à commencer par Bart De Wever qui s’y est presque personnellement attaqué. La triste vérité est que la force politique du moment en Flandre haït l’art et ses représentants.

[l’Art moderne, c’est] l’art qui choque, l’art qui est incompréhensible, l’art qui ne parle qu’à un petit groupe, l’art auquel l’homme moyen ne comprend rien, ça n’a pas toujours été comme ça.

Bart De Wever, bourgmestre d’Anvers dans une colonne du Standaard en 2011

Le paradoxe c’est qu’en s’attaquant à la culture et aux artistes, le gouvernement nationaliste flamand s’attaque à sa propre image, à ce qui fait d’elle autre chose qu’une simple région habitée. Ce ne sont, en effet, pas les rassemblements de la Tour de l’Yser ou les Lancés de Drapeaux qui font la richesse culturelle de la région-nation, ce sont ses musées, ses artistes qui s’exportent partout dans le monde et qui donnent leur lettre de noblesse au S.M.A.K. ou au MuZee. Jan Hoet, qu’il repose en paix, a apporté 300 fois plus à la culture flamande que n’importe quelle Foire aux Saucisses ou Festival de la chanson locale, et c’est à lui et à son monde que le gouvernement nouvellement élu s’attaque, dans l’espoir de faire quelques économies de bout de chandelle.

« La culture est une affaire avec un grand K, mais aussi avec un petit K. »

Ludwig Caluwé, Député Flamand de la majorité (notez que même en néerlandais, Cultuur s’écrit avec un c).

Le nationalisme flamand n’a jamais aimé ce qui fait pourtant la spécificité de la culture flamande en Belgique et les artistes contemporains néerlandophones le lui rendent bien. Ils se détestent. Je m’en suis rendu compte à plusieurs reprises lors de vernissages à Anvers ou à Gand, Bart De Wever est le diable incarné et celles et ceux à qui j’en ai parlé utilisent des mots pour le définir qu’on oserait plus utiliser en Wallonie sous peine d’être taxé de diabolisateur. Le monde flamand de l’art au sens large et bien au-delà du monde de l’art contemporain, est à gauche, très à gauche, pas de chance et il est aussi très belgicain, zut, flut.

« Fuck you, Bart De Wever »

Arno

En se vengeant de ces artistes qui ont tellement craché sur le saint Lion Flamand et en faisant plaisirs aux nombreux populistes du nord du pays pour qui l’art contemporain est tout simplement dégénéré, c’est la branche sur laquelle ils sont assis que ces élus s’apprêtent à scier. La Flandre sans ses artistes c’est un retour dans le passé, un retour dans la transparence. L’argent ne fait pas tout et rare sont les partis nationalistes dans le monde qui sont à ce point éloigné de la scène culturelle. Ils savent, au Québec ou en Ecosse, que sans art national, la nation s’évapore dans la mondialisation anglo-saxonne.

Il va sans dire que c’est toute la Belgique qui va y perdre, en ce compris les Belgicains, même si cette opposition renforcera encore un peu l’esprit rebelle de certains artistes déjà populaires (Daan, Arno, Schuiten, …) qui n’ont plus besoin de subsides, ce sont plutôt les autres qui payeront l’addition… à suivre.

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La majorité flamande s’attaque à l’art, et ce n’est bon pour personne …

5 réflexions sur “La majorité flamande s’attaque à l’art, et ce n’est bon pour personne …

  1. Le nationalisme flamand est un nationalisme étrange car il ne repose pas effectivement sur un nationalisme historique. C’est peut-être pour cela aussi qu’ils essayent plutôt de chercher dans le passé la preuve de leur « réalité » plutot que d’essayer de créer l’avenir de leur nation.

    1. chatlibre dit :

      Ce n’est pas un cas unique, bien loin de là. Les nations reconstruisent leurs passés (cfr. e.a. nos ancêtres, les belges opposés à Jules César. 😉 )
      Ceci est bien expliqué dans un essai d’Anne-Marie Thiesse intitulé La Création des Identités nationales (synthèse de sa thèse de doctorat). paru dans la collection de poche (Points).

  2. Soit j’ai pas bien compris, soit il y à méprise; mais le Mudam, qui est cité dans l’article, c’est le musée du grand duc Jean au Luxembourg . Le Mukha Anvers, d’accord.

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