La première guerre civile européenne

J’ai un problème avec les célébrations de l’Armistice. Vous savez peut-être que j’adore sortir mes drapeaux en toutes occasions mais ici je suis un peu bloqué. Il est bien sûr important de se rappeler des trop nombreux morts, des atrocités qui ont eu lieu. Mais l’Armistice en tant que telle, ce n’est pas la victoire du bien contre le mal, comme ça l’a été plus clairement en 45. L’Armistice c’est la victoire d’un nationalisme obtus et vicieux contre un autre. La victoire d’une vengeance sur un Empire à genoux. C’est l’avènement du Traité de Versailles qui plongera l’Europe dans un siècle de malheurs. Les victorieux ont saccagé ce qui restait de bon sur un continent détruit, et cela sous les applaudissements nourris de peuples embrigadés.

Le peuple Allemand, pas meilleur qu’un autre, a payé un tribu énorme, tout comme les populations de pays colonisés qui, bien qu’ayant envoyé des soldats dans cette boucherie ne verront jamais la couleur de la victoire. En Belgique, la « Communauté Germanophone » est rattachée sous une fausse couche de démocratie et subira un autoritarisme primaire dont on a oublié l’existence (cf. cet article du Vif). Les Congolais ne verront pas leurs conditions changer. Le Rwanda et le Burundi s’ajouteront à un Empire colonial qui n’a pas à rougir ne serait-ce qu’une seconde des atrocités que l’on reproche au 2ème Reich.

La Première Guerre Mondiale est avant tout une guerre civile européenne. Où des frères d’hier, dont l’esprit et la pensée ont été polluée par une propagande aveuglante et abrutissante, se sont entretués. J’ai appris qu’un membre relativement proche de ma famille était soldat dans l’Armée Austro-hongroise et me voilà moi en Belgique. Sommes-nous des ennemis ? Dois-je me souvenir et me réjouir de la victoire de ma soi-disant « nation » contre la sienne ?

Ce qui me chagrine probablement le plus, c’est qu’en Belgique, la Région qui prépare les célébrations du centenaire de 2014 (ce qui est normal vu que les batailles les plus terribles s’y sont déroulées) est une Région dominée aujourd’hui par un esprit nationaliste, certes différents, mais qui est le résultat direct de cette triste période. L’enfant de la bêtise du nationalisme belge bourgeois et du stratégique nationalisme allemand (cf. Flamenpolitik). Un nationalisme qui n’appelle pas à la guerre bien sûr mais qui se nourrit du même argument, celui de la présupposée différence et de la présupposée nation, pour s’établir et prendre le pouvoir.

J’espère que les intellectuels et les partisans d’une Europe sans frontières (mentales) vont faire front contre les raccourcis de l’histoire qui se multiplient dans ces périodes difficiles. J’espère que l’on ne se souviendra pas de la Première Guerre Mondiale comme d’une Belgique, d’une France ou d’une Grande-Bretagne victorieuse contre des Empires déchus, mais comme d’une victoire de la bêtise, de la violence et du recul humaniste. J’espère finalement que l’on se souviendra de tous les morts, pas uniquement de ceux qui sont morts pour le drapeau de la nation.

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6 réflexions sur “La première guerre civile européenne

  1. Un armistice (wapenstilstand) n’est pas une victoire d’un camp sur un autre mais une cessation des combats, et en ce sens, c’est bien une victoire pour l’humanité.

    1. belgo3 dit :

      Un Armistice n’est pas de facto une victoire pour l’humanité. Voyez l’armistice de 1940 par exemple. Je crois que la manière dont les Alliés ont géré la fin et la suite de la guerre est une chose sur laquelle il faut se montrer plus critique.

  2. Youri dit :

    Bien d’accord avec vous.
    Des erreurs monumentales ont été commises en 1918 et ont préparé la boucherie de 1939-1940.
    Ces mêmes erreurs n’ont pas été commises en 1945 avec l’immédiate mise en action du plan Marshall.
    Il est désolant de s’apercevoir que nos « beste vrienden » de Flandre se servent de la grande guerre pour tenter d’expliquer à mauvais escient leurs états d’esprit actuels.

  3. Eric Veraghen dit :

    Je comprends les objections aux commémorations et je serais même tenté de les partager. Surtout que la forme, les milieux qui y participent aujourd’hui, il y aurait beaucoup à en dire. Ceci-dit, si les nations, après avoir imposé tant de sacrifices à leurs populations ne faisaient rien, est-ce que ce serait mieux et plus moral? Je n’en suis pas sur. Mais bon, avec le temps qui passe et la vision différente que nous avons de la nation et de l’Europe, les sociétés ne pourront pas éternellement échapper à cette interrogation.

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