Comment les leaders d’opinion et les sondages tuent la démocratie

Parlons un peu quand même des élections françaises.

Une bonne amie à moi, Aurore Van Opstal, a participé à la réalisation d’un excellent documentaire, très malin que je vous invite vivement à regarder si vous avez 80 minutes de libre: Dsk, Hollande, etc …

Pas de narrateurs, juste une suite d’interviews des grands leaders d’opinion en France (PDG et journalistes, chroniqueurs, etc …) . L’idée des réalisateurs est de montrer à quel point certains candidats sont avantagés par les médias. On pense bien sûr à François Hollande (ou DSK avant lui) et Nicolas Sarkozy. Longtemps avant le début de la campagne ils étaient déjà les « favoris ». Des émissions entières étaient consacrés à ces champions des sondages. De bons sondages créent une présence médiatique qui améliore encore les sondages. Les candidats élus étaient en quelques sortes progressivement imposés par les grandes chaînes de télévision, la presse et la radio. Les lois qui obligent l’égalité de temps de parole ne suffisent donc pas du tout pour créer une égalité de qualité de parole.

Je me rappelle en effet de nombreuses interviews (dont certaines reprises dans le documentaire) où les petits candidats sont moqués, particulièrement malmenés, considérés comme folkloriques. La question est évidemment de savoir de quel droit les médias favorisent-ils certains candidats plutôt que d’autres, les sondages procurent-ils une légitimité suffisante ? Certains candidats étaient en effet digne d’une bonne blague de bistrot (Cheminade en particulier) d’autres par contre étaient beaucoup plus sérieux, même les plus extrémistes, mais absolument aucun grand média n’a pris leur défense, il y a un vrai problème.

Au fil du documentaire on comprend que les réalisateurs ont une autre idée derrière la tête, plus politique, qui est de montrer que cette réalité pose surtout problème pour les candidats anti-systèmes (de gauche). Hollande et Sarkozy sont en effet assez classiques contrairement à la plupart des autres, et si l’on regarde le spectre politique français dans toute sa largeur, dans toute sa profondeur, on ne peut pas vraiment dire que ces deux candidats soient profondément différents sur les sujets qui comptent vraiment (sur le marché, le monde des finances, l’Europe, …). Personnellement, je pense que ce ne sont pas QUE les candidats de gauche radicale qui en ont souffert.

On peut se poser les mêmes questions pour la Belgique où même si, à cause du système proportionnel et trilingue, le nombre de partis en présence est beaucoup plus élevé, certains tombent sous la protection des médias et des sondages, d’autres pas.

Avant de commenter, je vous conseille vraiment de regarder le documentaire, un peu belge en plus http://www.ubest1.com/?page=video%2F37544#null

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Comment les leaders d’opinion et les sondages tuent la démocratie

Une réflexion sur “Comment les leaders d’opinion et les sondages tuent la démocratie

  1. Très intéressante analyse, mais ce n’est pas la seule explication. J’ai suivi une interview de Mr Poutou, certes très sympa pour aller prendre un verre, mais il avait l’air de prendre cette élection par-dessus la jambe. La désignation d’Eva Joly par les écologistes n’a pas été non plus très judicieuse ; y a pas photo avec Jean-Michel Javaux! A côté de ces candidats pas très sérieux, certains parviennent, malgré le peu d’attention dont ils disposent (comme tu l’expliques dans ton article), à se faire une place grâce à leur charisme. Je pense à Arlette Laguillier, Olivier Besancenot et Jean-Luc Melanchon, mais aussi malheureusement à Marine Le Pen. Ces gens parviennent à retenir notre attention lorsqu’ils passent à la télévision, pas nécessairement pour leur programme mais pour leur charisme. On a envie de les écouter (à défaut de vouloir voter pour eux).

    Du côté de la Belgique, vu qu’on donne la parole à un parti qui veut la scission de la Belgique (la NVA), on pourrait aussi donner la parole au cartel Belg-Unie qui milite pour plus d’unitarisme. Mais comme en France, les petits partis sont marginalisés.

    Par ailleurs, j’ai mis sur mon blog plusieurs articles sur des Belges qui jetent des ponts au-dessus de la frontière linguistique pour une meilleure compréhension entre nos communautés (Scala qui reprend les chansons de Pierre Rapsat, Pascal Verbeken qui vante Charleroi, Bert Kruismans qui alterne spectacles en français et en néerlandais, Sioen qui tente sa chance au sud du pays, Tom Lanoye qui fait traduire ses livres en français, Christophe Deborsu qui part travailler en Flandre, etc.) ; cela pourrait t’intéresser.

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