Pour en finir avec Léopold II

Trois grands centres commerciaux vont peut-être voir le jour à, et autour de Bruxelles dans les prochaines années*. Dans le centre de la ville, l’énorme bâtiment de la Bourse sera bientôt transformé en Temple de la Bière, le carrefour Madou a été entièrement peint en jaune. Du côté de Molenbeek la gentrification s’accélère avec la construction d’une tour destinée au logement de luxe. Le projet d’agrandissement du métro n’en finit pas d’en finir. La ligne de tram qui devait traverser la Chaussée d’Ixelles est bloquée par la même commune. Il existe 3 réseaux de bus à Bruxelles pour 3 abonnements différents. La prison de Saint-Gilles est une ruine honteuse comme l’est le Palais de Justice. Tout cela dans une ville-région-Etat où coexistent un parlement régional, trois parlements communautaires, 16 communes et autant de CPAS sans compter la belle-mère fédérale.

Le pharaonique projet de centre commercial "Uplace" qui proposerait les mêmes magasins que les deux autres méga projets, magasins déjà existant à Bruxelles.


Voilà le triste tableau de la gestion actuelle de Bruxelles, par les Bruxellois et par les autres. Il convient, alors que les propositions et l’actualité ouvrent le débat de repenser Bruxelles. Peut-être a-t-on besoin, comme l’évoque Bart Eeckhout dans DeMorgen, d’un nouveau Léopold II. Il ne parle bien sûr pas du colonisateur mais de l’urbaniste. Son entourage et lui ont fait ce qu’est Bruxelles aujourd’hui, une capitale. Sans lui, ce ne serait rien de plus qu’une ville de province. Imaginez Bruxelles sans la Rue de la Régence, sans le Palais de Justice, sans Laeken, sans la tour japonaise, sans la Bourse, sans Koekelberg, sans les grandes avenues ou sans le Cinquantenaire ? Que reste-t-il ? Au-delà de l’individualité de ces différents monuments c’est le projet général qu’il faut regarder, Léopold II avait une vision d’avenir pour notre capitale. On finirait pas le regretter, on arrive pas à tourner cette page glorieuse, on rêve du Léopold 2.0.

Léopold II, un monstre qui a transformé Bruxelles. (photo Wikipedia)

Alors vous allez me dire « Léopold avait l’argent du Congo, qu’avons-nous aujourd’hui ? » et bien sans réécrire la tirade du premier paragraphe je dirais que c’est surtout un problème de choix et de cohérence dont nous devrions parler. Non, il n’y a pas qu’un problème d’argent (même si il existe), et se cacher derrière le manque de deniers c’est aussi nier l’échec et le rejeter ailleurs. J’espère que les prochaines élections locales permettront un débat sur l’urbanisme. Je sais que ça dépend de différents niveaux et que les communes n’ont pas toujours leur mot à dire, mais se cacher derrière la hiérarchie n’est plus non plus acceptable.

Entre le quartier des prostituées de Bruxelles-Nord et la pauvreté et l'insécurité de Molenbeek, on construit un immeuble de logements de luxe (photo 7s7)

Quelques propositions me viennent à l’esprit.

– Résoudre une bonne fois pour toute le chaos institutionnel. A Londres, Paris ou New-York il y a un maire, ça n’empêche pas le service rapproché (les mairies de quartier comme il en existe par exemple déjà à Liège, les districts à Anvers ou les mairies d’arrondissement à Paris). Les autres niveaux de pouvoir peuvent participer mais avec concertation et organisation (ce qui est arrivé avec le Ring ne doit plus jamais se reproduire).

-Stopper net la ghéttoïsation de Bruxelles, arrêter de promouvoir des immeubles de luxe qui repoussent toutes les populations pauvres dans les mêmes quartiers. Il est temps de penser au niveau d’une ville et pas d’une commune.

– Repenser les grandes avenues. Léopold était de son époque, et elle a changé. Aujourd’hui la voiture n’est plus le moteur de la mobilité, il n’y a plus la place et plus l’envie. Il faut développer les transports publics, encourager le vélo et la marche. En finir avec ce RER qui n’en finit pas.

– Se débarrasser des frontières physiques (le Canal) et politiques (de la région, des communes).

– S’inspirer des propositions des bureaux d’architectes dans le cadre de Bruxelles 2040 (expo gratuite à BOZAR pour le moment) : plus de vert, plus de ponts, plus de cohérence. Les trois projets sont à découvrir ici.

Léopold est bien mort et enterré, il est même en passe de devenir le pire monstre de l’histoire coloniale (sans vouloir le défendre, quelle nation de l’époque n’a aucun reproche à se faire) il faut l’oublier pour libérer Bruxelles de son passé et aller de l’avant.

Que ce soit Albert, Charles ou Freddy ou les trois, il faut repenser Bruxelles pour qu’elle ne devienne pas une morose Washington D.C. capitale où, dés qu’on s’écarte de ses vieux monuments, s’étend la misère et le chaos.

* L’un de ces projets (l’Uplace) sera probablement abandonné vu les plaintes de nombreux acteurs.

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Pour en finir avec Léopold II

3 réflexions sur “Pour en finir avec Léopold II

  1. Très bon article mon cher, il est évident qu’il y a un grand problème de gestion dans notre Région bruxelloise. De plus, il faudrait repenser les transports publics qui tendent de plus en plus à devenir une entreprise privée et à oublier son caractère public.Sans compter le taux de chômage énorme chez les jeunes.
    Enfin faudrait-il encore qu’il y ait une réelle volonté politique pour changer tout ça.

  2. Lachmoneky dit :

    16 communes??? Il me semblait qu’il y en avait 19??
    3 réseaux de transport en commun? Deux sont extérieures à la Région, et « profitent » de Bruxelles, alors qu’elles refusent à la STIB de « profiter » de la périphérie. Il n’en fait plus qu’une? Simple: il suffit de fusionner De Lijn, TEC, et STIB!!! mais bon, qui a voulu la régionalisation????

    Et malgré les 19 communes, la Région semble mieux gérée que Anvers: par habitant, moins est dépensé à Bruxelles que à Anvers.

    1. belgo3 dit :

      Au sujet des communes vous avez raison, je change ça dès que je peux.

      Pour le reste, dire que Delijn « profite » de le Bruxelles c’est beaucoup dire, il n’y a que 3 ou 4 grandes routes (des grandes gares vers la périphérie) qui sont utilisées par DeLijn et les Bruxellois peuvent aussi en profiter (et ils le font par exemple pour aller travailler). Mais vous avez bien évidement raison au sujet de la régionalisation.

      Pour Anvers/Bruxelles, la comparaison est difficile mais je ne connais pas assez bien la situation anversoise, je veux juste dire que l’argent ne fait pas tout.

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