Si proche de la mort, une chope à la main

Je n’ai pas vraiment compris ce qui se passait. Je pense a posteriori que j’y étais, juste un peu après. Je marchais vers le bas de la rue de l’hôpital, je me suis soudain rendu compte que j’avais perdu l’ami que je suivais. Je me suis arrêté, j’ai regardé autour de moi. Derrière, des étudiants pennés semblaient s’énerver en tentant d’empêcher d’autres étudiants de passer. Devant moi des hommes en uniformes formaient un autre cordon de sécurité. Avec quelques autres étudiants j’étais au milieu de quelque chose, mais pas la moindre idée de ce qu’il se passait. Sur le coup, je n’ai pas compris, tout s’est passé très vite, je suis parti rejoindre mes amis un peu plus loin et je n’ai jamais regardé par terre ou autour de moi et je n’ai appris la tragique nouvelle que de nombreuses minutes plus tard. Je pense, sans en être certain que je me suis retrouvé très proche en temps et en lieu de la mort de cet étudiant en ce jour de Saint-Verhaegen.

Je suis arrivé au Sablon vers une heure. J’apprécie beaucoup la Saint-Vé. Il y a beaucoup de monde, de la musique, des petites fanfares et la quasi totalité des mes connaissances universitaires. Je suis aussi un grand fan du folklore estudiantin même si je ne suis moi-même pas baptisé. Il y avait un grand soleil, beaucoup de monde, les chars étaient rassemblés sur la petite place et se dessinait un contraste que j’adore entre les étudiants bruyants, sales et gras et la bourgeoisie habituelle de l’endroit. Le cortège devait démarrer vers 14 ou 15h, mais vers 16h la plupart des chars étaient toujours en place. C’est comme ça chaque année, mais j’ai tout de même eu l’impression que les choses démarraient spécialement lentement cette fois-ci. Finalement les chars démarrent, le soleil est presque couché, je reste près d’un char, il roule très vite, peut-être pour rattraper le retard, peut-être aussi parce que l’accident à déjà eu lieu et qu’il faut rapidement s’éloigner, quoiqu’il en soit on a du mal à suivre vu la foule (loin d’être disciplinée comme vous pouvez vous en douter). Avec un ami je quitte le groupe pour faire une course dans le bas de la rue vers la place Saint-Jean, je pense que je l’ai dépassée, j’ai perdu pendant quelques secondes mon amis et vous connaissez la suite.

J’ai beaucoup hésité avant de vous raconter tout ça. Il fallait. J’y pense sans arrêt. Cet étudiant de 19 ans qui tombe et se fait écraser par ce char, ça aurait pu arriver à n’importe qui. L’année dernière, un très bon ami à moi est monté sur un char tentant d’y rechercher son gsm, l’un des occupants le pousse (pensant que mon ami cherchait la bagarre), mon ami tombe et se casse le bras. L’idée que quelque chose de pire aurait pu arriver ne me quitte pas. Ça fait réfléchir sur la vie, sur la mort, sur la mince frontière entre les deux. Ça me fait penser aux parents du jeune anversois, au conducteur, aux responsables, à moi…

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Si proche de la mort, une chope à la main

Une réflexion sur “Si proche de la mort, une chope à la main

  1. Youri dit :

    Toute phase de deuil est difficile à vivre.
    Il faut surtout en parler et parler de son malaise, de son mal-être.
    C’est ce que vous faites ici et c’est nécessaire.
    Et puis, quel sens encore donner à la vie en pareille circonstance.
    Vous avez toute ma sympathie (ce qui éthymologiquement signifie : souffrir avec ….)

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