Le nationalisme

Participant à un petit débat avec un amis néerlandophone sur le nationalisme, voilà mon avis à ce sujet.

Le nationalisme est un mouvement qui consiste à promouvoir un Etat culturellement homogène au niveau de la langue et de la culture. Un tel mouvement est souvent né en réaction à une menace, parfois réel et parfois phantasmée. La menace peut être extérieure, comme un Etat voisin,une idéologie étrangère, un complot mondial; ou intérieure comme une minorité, un autre groupe ethnique ou une autre communauté.

Le nationalisme selon le dictionnaire néerlandais Van Dale : na·ti·o·na·lis·me het; o -n voorliefde voor het eigen volk (gepaard met een zekere afkeer vh vreemde)

Le nationalisme selon LeLarousse : “Théorie politique qui affirme la prédominance de l’intérêt national par rapport aux intérêts des classes et des groupes qui constituent la nation ou par rapport aux autres nations de la communauté internationale”

Il y a donc une forte distinction entre le groupe national et ceux qui n’en font pas partie, parce qu’ils sont étrangers ou parce qu’ils ne font pas partie de la même ethnie ou communauté. Le but étant de se rassembler pour peser plus de poids face à ou aux adversaires.

Venons-en au cas du nationalisme flamand. Il naît en réaction à la main mise de la bourgeoisie francophone tout à fait réel sur la vie culturelle. Le “Mouvement flamand” se lève donc contre un ennemi interne qui menace son existence. Il souhaite vivre son identité flamande au sein de l’Etat belge ou en dehors. Il est à la fois un mouvement culturel mais aussi un mouvement social, la plupart des “flamands” de l’époque vivent dans des conditions médiocres et les accès à des postes plus élevés, dans l’administration par exemple, sont empêchés par le mur de la langue.

L’une des sources du nationalisme flamand, la politique linguistique des premiers dirigeants belges comme ici avec Charles Rogier: “la Belgique sera latine ou ne sera pas”.

Mais aujourd’hui, le nationalisme flamand n’a plus du tout la même logique. D’abord, l’adversaire à changé, il ne s’agit plus de la bourgeoisie francophone mais des francophones wallons et bruxellois. L’intérêt flamand n’est plus seulement culturel et linguistique mais aussi territorial et politique. L’intérêt flamand, tel que le conçoit le mouvement flamand actuel, est en opposition avec l’intérêt belge, et l’intérêt des Wallons, et l’intérêt des Francohpones de Bruxelles…


Un slogan du T.A.K.

Une image provenant du site nationaliste rechsactueel
Les contradictions sont nombreuses dans cette nouvelle forme de nationalisme: d’abord, les “Wallons” n’ont pas grand chose à voir avec les “bourgeois francophones” d’hier qui était répartis sur tout le territoire, dont les Flandres. Ensuite car il y a eu une immigration énorme de “flamands” en “Wallonie” lors des siècles derniers (500.000 selon certains): les Wallons sont donc en partie flamands. A noter aussi que le nationalisme flamand souhaite conserver Bruxelles peuplée massivement de francophones et de belges d’origines étrangères. Il est impossible d’y avoir une homogénéité culturelle à Bruxelles.

Les Francophones sont des immigrés en Flandres
(Bart De Wever, la Première, aout 2008)

Le nationalisme flamand a un contact particulier avec la Xénophobie (Xenos : étranger, Phobie: peur – le nationalisme s’oppose à ce qui lui est étrangé) et souvent (pas toujours) les nationalistes tombent dans le racisme comme le montre ces exemples:

Voor ‘t Belgiekske niekske, voor Vlaanderen alles

Franse ratten, rolt uw matten

(Slogan du KVHV, cercle d’étudiants nationalistes lors d’une manifestation à Bruxelles, 3 mai 2009)

Il n’est pas étonnant que les nationalistes soient anti-belges car le niveau fédéral n’est pas homogène mais constitués de communautés et de minorités protégées. Dans ce contexte particulier les nationalistes en viennent à dénoncer l’inefficacité de l’Etat fédéral et d’en remettre la faute sur les Francophones, ils soutiennent l’idée que le Royaume de Belgique est le même qu’en 1830.

Bart De Wever dans de zondag, 22/04/07 : « Het staat in de sterren geschreven dat dat niveau als nationaal niveau weg moet en dat in de plaats regio’s of deelstaten moeten komen, die wel democratisch homogeen zijn. »

Aujourd’hui, la N-VA est le représentant “soft” du nationalisme flamand, pourtant on retrouve les mêmes dérives et volontés d’indépendance dans ce parti face à une pesante ignorance dans la population dû à un discours flou du parti.

Elk N-VA-engagement maakt het ons mogelijk om verder te bouwen aan een onafhankelijk Vlaanderen en een sociale, democratische en rechtvaardige samenleving!
(site de la N-VA http://www.n-va.be/word-lid )

Ronduit onafhankelijk en republikeins!
(site des jong N-VA http://www.jongnva.be/index.php?page=viewpage&page_id=24)

Le nationalisme est donc une idéologie forte, qui exclut plus qu’elle n’inclut, qui crée des barrières et en particulier en Belgique. Le nationaliste souhaite un Etat partial qui ne donne pas les mêmes droits et devoirs à tous et qui fait des distinctions entre le “nous” et le “eux”.

Mise à jour : lettre de Karel De Gucht à ce sujet http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=G5P36SK7G

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Le nationalisme

11 réflexions sur “Le nationalisme

  1. Youri dit :

    La ruse du nationalisme, c’est d’avancer masqué aux yeux mêmes de ceux qui le professent.
    Ou le dénoncent ?????
    Ainsi, il ne viendrait jamais à l’esprit des belgicains que leurs positions puissent s’apparenter de près ou de loin à du nationalisme belge…….

    1. belgo3 dit :

      Il y a des « belgicains » (je souligne encore une fois que c’est péjoratif) nationalistes, c’est certain. Je pense par exempe en Front National (leur logo est important)et il y a sûrement l’un ou l’autre nationaliste dans chaque groupe belgicain qui existe. Et si l’un d’eux venait à l’exprimer je le dénoncerais aussi.

      Mais à Bplus par exemple, ou à la révolution des frites, ou à Shame, je ne vois pas de nationalisme, au contraire beaucoup d’humanisme et même d’internationalisme (présence de la gauche ou de l’extrême gauche oblige), on demande aux communautés de vivre ensemble, on soutient la multiculuralité (qui n’est plus à la mode tout d’un coup), on demande de dépasser les clivages, etc … Il y a bien sûr des exceptions mais je parle de la globalité de ces mouvements.

      Vous avez raison de souligner la ruse du nationalisme qui s’infiltre facilement, même dans les discours pleins de bonnes intentions et pleins de termes flous. Il faut être alerte.

      1. Youri dit :

        Tout d’abord, c’est vous qui ressentez le terme « belgicain » comme péjoratif.
        Pour ma part, je ne mets pas de connotation négative dans ce terme qui pour moi signifie un belge qui contre vents et marées d’accroche à un pays en pleine déliquescence. Wikipedia en revanche est de votre avis et connote négativement le mot. Je pondère en disant que la vérité comme souvent doit se trouver au milieu.

        Mais le terme « nationalisme » est plus flou et plus sournois. Il n’est pas l’apanage de la droite qu’elle soit extrême ou pas.
        Comment qualifier par exemple l’action du PTB qui s’accroche aussi à la continuation d’un pays quel que soit le prix à payer d’ailleurs ? Vous préférez le terme populiste, opportuniste ….???

        Quand certains mettent en évidence notre pays et le qualifient de tous les plus grands compliments possibles, que c’en devient du chauvinisme ou du patriotisme exacerbé, ne frôle-t-on pas alors une sorte de nationalisme ??
        Ce nationalisme peut trouver son origine dans des peurs provoquées par des dangers extérieurs ou par un ennemi intérieur (séparatistes …). Il conduit alors à un certain isolement et au retour vers le système sur lequel est fondée la Belgique.
        Wikipedia écrit : » Le nationalisme est le sentiment de vif attachement à la nation, c’est-à-dire d’une grande exaltation de l’idée nationale  »
        N’y sommes-nous pas en plein actuellement dans le chef des belgicains (excusez-moi) ???
        Certes Wikipedia n’est pas une source toujours exemplaire: n’empêche, dans la rubrique « nationalisme », un lien renvoit vers le nationalisme belge appelé …. belgicanisme.

      2. tenrek dit :

        Je suis belgicain et nationaliste belge, je vois pas trop le soucie, je pense d’ailleurs qu’un bon nationalisme est tout à fait cohabitable avec les intérêts de la Belgique et de son avenir !
        Ce qui est aberrant est de raccorder le nationalisme avec le racisme ou encore hitler, car hitler n’a pas inventé le nationalisme mais il a juste inventé une manière de l’interpréter !
        Je suis nationaliste et je suis au MR, pas pour vouloir forcément les infiltrer lol 😀

        Bref, « l’ethnie » n’a rien à voir, Les noirs, les arabes et les asiatiques belges font parti de la nation belge malgré leur origine, et je comprend pas pourquoi on associe ce genre de nationalisme avec la promotion d’une ‘race’, c’est n’importe quoi…
        Des nationalistes, il y en a bien plus que vous ne le croyez ! le FN est sans doute le seul qui se prétend nationaliste belge mais il ne rassemble que des contestataires belges ^^

        d’ailleurs, reprenant vos exemple « shame » et la révollution des frites, Vous croyez pas que dans le fond, ça part d’une intention nationaliste ?

        1. belgo3 dit :

          Bonjour,

          Il faut bien se mettre d’accord quant à la définition du nationalisme. C’est parfois très différent d’une personne à l’autre. Pour ma part, je considère nationaliste toute scission au sein d’une région donnée entre des citoyens selon des caractéristiques qu’ils ne maîtrisent pas (qui sont données dés la naissance). Vous n’êtes pas nationaliste selon ma description mais j’ai déjà rencontré beaucoup de belgicain qui lui correspondent, adorent les flamands et les wallons mais pas les musulmans (belges) par exemple (vous citez justement le FN).

          Quant aux révolutions des frites, y ayant beaucoup participé je peux vous assurer que c’était plus un mouvement humaniste où le drapeau belge n’était finalement qu’un symbole parmi d’autres (perdus entre par exemple des drapeaux rouges). Pour Shame, il y en avait peut-être, mais le mot d’ordre de la manif était : un gouvernement maintenant, rien d’autre.

      3. tenrek dit :

        D’abord, il faut absolument faire la différence entre le nationalisme civil et sociétaire et un nationalisme extrémiste. car on a souvent mis les deux dans le même paquet (par ignorance ou par peur) en marginalisant ainsi une idéologie économique, parfois culturelle ou sociétaire assez pertinente !

        Vouloir un gouvernement en arborant un drapeau belge, c’est une volonté nationaliste, être contre la séparation de la Flandre, c’est du patriotisme belge, être contre la séparation des flamands, c’est une forme de nationalisme !

        Distinguer des personnes sur leur nationalité est une forme de nationalisme, (distinguer sur la race ou la provenance ethnique est du racisme!)
        Privilégier la consommation de produits issus de notre pays est une forme de
        nationalisme (combien de belges achètent des bières belges à l’étranger juste parce c’est belge malgré parfois 5€ pour une simple jupiler en Montagne).
        j’ai pleins d’exemples ainsi ^^

        Bref, J’étais aussi à la place des frites sur Bruxelles, c’est vrai que l’apparence y était assez décontractée et c’était plus une occasion pour boire un coup et manger une frite mais le fond part d’une intention nationaliste, ça m’est évident !
        Évidemment dans l’esprit de beaucoup de personnes, le nationalisme est d’office révolutionnaire et s’apparente à de la simple violence comme ici:

        par rapport à ça:
        http://www.youtube.com/watch?v=4J_X8oM0rFA ce qui est d’office plus sympa 😀

        Pour donner d’autres différences aux nationalismes, je pense qu’il est essentiel de comparer le nationalisme de Bart De Wever à celui de Filip De Winter… une comparaison a été tenté dans l’article du dessus: « Aujourd’hui, la N-VA est le représentant “soft” du nationalisme flamand, pourtant on retrouve les mêmes dérives et volontés d’indépendance  »
        Comme dit: la nva est un représentant Soft du nationaliste, il reste ainsi nationaliste flamand, par conséquent, Oui, il en reste séparatiste… je comprend pas l’inclusion du terme « Pourtant »…
        La différence entre VB et NVA ne se situe bien évidement pas à ce niveau…

        un jour, on va dire que je suis un nazi parce que comme hitler, J’aime le chocolat… (c’est absurde en effet)

        Le TAK, le Voorpost, le Kvhv… sont des organisations proches du Vlaams belang pas de la Nva ! Ils sont séparatistes, donc nationalistes (ou patriote en fait, c’est selon…) mais il faut distinguer la forme de nationalisme appliqué et prôné !
        http://www.rtl.be/rtltvi/video/375058.aspx

        voilà en gros ce que je pense…

        1. belgo3 dit :

          Etre contre l’existence d’une culture flamande en Belgique c’est du nationalisme (voir du racisme tout simplement), être contre la scission de la Belgique c’est une avis politique.

          Il y a des séparatistes flamands qui ne sont pas nationalistes, qui veulent la fin de la Belgique parce que ça ne marche pas, pas parce qu’ils ont quelque chose contre les wallons ou les francophones. Idem du côté wallon où le régionalisme n’est pas toujours une affaire de communauté.

          Entre la N-VA et le VB il y a des différences oui, il y a plusieurs types de nationalismes comme dis plus haut mais ce serait une erreur de penser que ces deux partis sont si différents que ça. Des deux côtés la logique est la même = Nous voulons la fin de la Belgique -> parce que ça ne marche pas -> parce que nous sommes trop différents -> parce que nous pouvons gérer ça nous même et ça marchera mieux -> parce que les wallons sont une belle bande d’abrutis communiste et corrompus. Le discours est enveloppé de belles décorations mais le fond reste le même, la grosse différence est que le VB en a aussi après les flamands eux mêmes (qui ne correspondent pas à l’image standard du « bon flamand ») là on tombe AUSSI dans le racisme.

          Quand à la place des frites, de nouveau, il n’y a rien de nationaliste là-dedans, vouloir vivre ensemble en refusant de gommer nos différences ce n’est pas du nationalisme.

          Acheter des bières à l’étranger n’a absolument aucune implication sur la manière dont l’acheteur voit le « belge type », les « nouveaux belges », les « flamands » ou autre chose, ça n’a rien avoir, on peut appeler ça du patriotisme ou du chauvinisme mais certainement pas du nationalisme.

    2. belgo3 dit :

      Au niveau du PTB on est dans un autre jeu, c’est inspiré par l’internationalisme, de la lutte ouvrière. On a surtout peur pour les syndicats, les AIP’s, les diverses lois sociales ou autres qui seraient déforcés par la régionalisation (concurrence fiscale, etc …) Je ne suis pas vraiment un suiveur du PTB (même si j’apprécie, vous vous en doutez leur côté unitariste) mais de nationaliste je ne pense pas qu’on peut les appeler. Leur modèle reste celui des classes.

      Belgicanisme, belgicain, etc … sont de toute façon des néologismes très politisés que tout le monde utilise à sa manière (comme flaminguants ou franskilions d’ailleurs), en discuter la définition nous fera tourner en rond je crois.

      Mais de nouveau, je suis d’accord avec vous, chez certains « Belgicains », disons ça comme ça, il y a des nationalistes, qui souhaite une Belgique unie et forte dans le but de casser les divisions internes (vécues comme des menaces), pour empêcher l’émancipation des Flamands par exemple, c’est le cas que j’ai le plus souvent vu (langue locale, ne mérite pas d’être reconnue, menace pour l’unité du pays, etc …). Il y a un nationalisme belge bien sûr.

      La distinction entre mon combat et celui du nationalisme belge n’est pas toujours très clair je l’avoue bien franchement mais …

      Je défend une Belgique où chacun a sa liberté, chacun peut rejoindre la communauté qu’il souhaite (déterritorialisation), ou la justice civile et sociale est assurée par un Etat impartial et où la langue n’est pas un obstacle.

      Le nationalisme belge veut restreindre les libertés communautaires, « créer » et imposer une « culture » aussi « homogène » que possible.

      1. Youri dit :

        Merci.

        Vous voyez, tout arrive, on finira par se rejoindre. Mais c’est encore trop tôt.

        Je pense avoir fait ce cheminement qui consiste à considérer que le nationalisme des gens du nord se heurtera toujours à la volonté (récente car heureusement présente depuis 2007) des gens du sud de ne plus perdre de leurs avantages au profit d’un concept devenu vide de sens.
        Il faut pour cela oser considérer que ce concept « belgium » mène à l’impasse. Il faut pouvoir se déshabiller de tout son NATIONALISME BELGE.
        Les circonstances de ma vie ont fait que j’ai probablement pris conscience de ce fait plus tôt que d’autres ; je n’ai cependant pas été le premier à réfléchir de telle manière.

        Votre avant-dernier paragraphe est certainement un voeu qui part d’une excellente intention. Je le crois irréalisable. C’est dommage, malheureux, regrettable mais c’est ainsi.

    3. belgo3 dit :

      Encore une fois, pour terminer la boucle dirons-nous, je ne résonne pas en terme de « Flandres » contre « Wallonie » mais en termes (quittons un instant le nationalisme) d’unionistes et de séparatistes, qu’importe leur position en Belgique.

      Et c’est un fait que dans cette optique je me retrouverai souvent dans les mêmes manifestations et rassemblement que quelques nationalistes belges, c’est inévitable mais je ne le cache pas.

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