Comprendre le débat sur l’Amnistie

L’Amnistie… J’ai toujours eu beaucoup de mal à piger pourquoi des partis pourtant modérés comme le VLD ou le CD&V font ces demandes de manière répétée. Plutôt que de critiquer bêtement, de faire du reductio ad Hitlerum et de refuser le débat, je vais essayer de comprendre les motivations de la droite flamande sur le sujet.

Je décide de commencer par la vision des nationalistes proches du VB et de la N-VA. Le site « rechsactueel.be » proche du VB et de la N-VA titre (traduction littérale) « La Belgique choisit encore pour une guerre sans fin« . Dans cet article, on souligne que lors des commémorations de la seconde guerre mondiale, on se souvient de toutes les victimes, sauf de celles mortes sur le front de l’est. Rechstactueel fait référence aux combattants flamands (oublient-ils les wallons volontairement ? Pourtant eux aussi morts en nombre sur le front de l’est) qui se sont engagés dans l’armée nazie pour combattre l’URSS. Autre référence est aussi faite aux collaborateurs qui ont subis les actes barbares qui ont suivis la libération (femmes tondues, pendaisons, meurtres, vindictes populaires) « commis par des combattants « rebelles » qui pour la plupart n’ont pourtant pas fait preuve d’une grande bravoure pendant la guerre ». Demande est ensuite faite pour qu’on (l’Etat Belge) arrête le manichéisme « noir/blanc » est que l’on accepte de faire la paix, pour tout le monde, même pour les « fils et filles de noirs. »

 

Sur cette image du T.A.K. Un homme exécuté sur un pilori représente ceux qui souffrent en attente d’amnistie

 

Quittons maintenant les discours nationalistes. Le Pr Philippe van Meerbeeck interviewé dans la Libre Belgique en Juin 2010 revient sur le nationalisme ambiant dans le nord du pays, pour lui la source de ces problèmes est en partie dans le refus d’amnistie : « Amnistie pour qu’enfin il y ait pardon. Condition sine qua non pour qu’il y ait réconciliation entre les Belges. Avec un effet rétroactif, non pour les mille ou deux mille survivants aujourd’hui nonagénaires, mais y compris pour tous ceux qui sont défunts depuis vingt ou trente ans, « inciviques », frappés d’opprobre. Ces gens n’avaient plus aucun droit, c’était dramatique. De fil en aiguille, jusqu’à leurs arrière-petits-enfants aujourd’hui, il y a peut-être 20 % de la population flamande qui est concernée par cela ». Il continue en soulignant l’exemple de la France qui pardonne à l’Allemagne et permet la construction européenne (on peut aussi penser à l’Espagne qui a amnistié les franquistes). Dans le même registre d’idée dans une interview au Knack le président de la communauté belge de Saint-Egidio (organisation catholique laïque internationale) appelle lui aussi à guérir les vieilles blessures. Pas question de nier l’holocauste souligne-t-il, mais essayons de tourner la page.

Il y a donc deux groupes qui souhaitent l’amnistie. Les nationalistes, qui accusent l’Etat belge d’avoir joué un rôle injuste au lendemain de la seconde guerre mondiale. Proche des groupes xénophobes du Vlaams Belang et du Voorpost on ne s’étonnera pas que derrière ces arguments parfois valables se cachent de biens sombres idéaux. Et le deuxième groupe, proposant l’amnistie comme nouveau départ, comme moyen de pardonner et de se retrouver. Pour construire quelque chose de neuf.

Pour ma part, j’ai beaucoup de mal à imaginer que ceux qui ont embrassé de manière active les idéaux qui ont tué mes arrières-grands parents, mes oncles et mes tantes, soient pardonnés. Même si je comprends les arguments du deuxième groupe, mes racines et mon histoire me font penser que « amnistie » est bien trop proche de sa racine grecque qui signifie « oublier ». Par contre, je trouve absolument anormal que les débats et les discussions soient à ce point entourées de tabous et d’interdictions. Et ne croyez pas que je ne vise que les partis francophones et la gauche flamande, je vise aussi la droite classique en Flandres (VLD, CD&V) qui n’est absolument pas clair là-dessus (aucune trace dans leurs programmes). Je crois que la Belgique est l’un des pays où l’on regarde le moins son passé en Europe. Il faudra pourtant le faire, un jour ou l’autre.

Publicités
Comprendre le débat sur l’Amnistie

5 réflexions sur “Comprendre le débat sur l’Amnistie

  1. Youri dit :

    La Belgique a toujours eu beaucoup de mal à assumer son passé et particulièrement ses erreurs. Ce qui, soit dit en passant, lui procure moultes difficulter à comprendre son présent.
    Autre mentalité: La France où il est impossible d’oublier le régime de Vichy. Hier encore, le président de la SNCF présentait ses excuses au peuple juif pour avoir aider à transporter des déportés vers les camps alors que j’imagine aisément que les cheminots n’avaient pas trop le choix.

    1. belgo3 dit :

      Je suis favorable au débat, à la discussion, je serai même favorable à une reconnaissance d’erreurs commises au lendemain de la guerre. Mais je cale sur les indemnisations, ça je cale vraiment.

      Et il est certain que la demande ne doit pas venir du VB.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s