Amis pro-belges, devenez Néo-militants !

Le mouvement pro-belge se cherche, vainement, avec difficulté et découragement. Il doit tout construire à commencer par son image. Aujourd’hui il est catégorisé comme un mouvement de vieux cons conservateurs et naïfs, dépassé par les évènements et sans aucun poids politique. C’est ce que nos opposants appellent péjorativement « belgicain » ou « belgicist » en néerlandais. Au niveau du militantisme les choses vont aussi très mal. On rêve de la grande manifestation de MC Houard comme d’un idéal type alors qu’il y a très peu de chance que cela se reproduise et que finalement, elle n’a eu aucun impact malgré les espoirs qu’elle avait levé. Chers amis pro-belges, voilà quelques pistes pour se recycler un peu (les sources sont en bas de page).

Néo-militant ?

Alors qu’est ce qu’un néo-militant. D’abord, rien à voir avec le militant classique qui défendait une vision du monde et qui s’engageait 24/7. Le néo-militant est généralement associé à des « single issue organisation », autrement dit des organisations à un seul but, dans notre cas l’unité du pays et la lutte contre le nationalisme. Il se met à la disposition de son groupe mais peut s’en retirer rapidement, il est plus libre, plus autonome que dans un syndicat par exemple (1). Il doit répondre à des messages au jour le jour, être prêt à donner de son temps mais pas de manière désorganisée. Pour fabriquer un événement il faut du temps, beaucoup de temps et il ne faut pas transformer les militants en livreurs de pizzas qui doivent réagir en moins d’une heure, ça peut marcher pour un groupe réduit, ça ne le peut pas pour un mouvement de masse. Même les actions improvisées doivent être mûrement réfléchies. L’organisation et la réflexion est la base de toute action.

Utiliser les médias classiques

Le néo-militant est tourné vers l’extérieur, il attache beaucoup d’importance à la communication. Il s’empare des technologies de communication mais il ne se cantonne pas à participer à des forums de discussions qui sont, finalement, des lieux où se forment des monologues interactifs. Même si il est maître de l’internet, il sait que les médias classiques restent centraux (2). Un mouvement qui n’existe pas à travers les médias n’existe pas et chaque mouvement a son propre rapport avec eux. Pour qu’un journaliste s’intéresse à une action, il faut qu’il ait quelque chose à gagner, la concurrence est rude. Un mouvement classique, comme il en existe tant d’autre ou une énième manifestation où apparaissent les mêmes messages ne suffit pas, il faut se réinventer constamment. (4)

Ne pas trop compter sur internet

Dans un excellent article du New-Yorker, Malcolm Gladwell revient sur les grands mouvements civiques des années 60 et souligne qu’ils ont été possibles sans e-mails, sans facebook et sans réseaux sociaux. Il revient sur ces exemples que l’on présente comme des « révolutions twitter » (avec l’aide de) : la révolution Moldave de 2005 ou encore l’Iran où les jeunes auraient été encouragés par les messages de soutien sur le Réseau. Mais Malcolm revient sur terre : il existe très peu de compte Twitter en Moldavie, et la plupart des révolutionnaires iraniens online tweetaient depuis l’ouest, et en Anglais, on est loin de ce qui s’est passé sur le terrain (manifestations violentes … et en Farsi). Il revient sur un exemple intéressant, celui des manifestations de l’Allemagne de l’est : des centaines de groupes d’une douzaine de personnes, qui n’avaient que peu de contact entre eux, mais qui savaient que tel jour, telle date, il fallait se rassembler à tel endroit, pas d’internet, pas d’email, pas de grands groupes non plus.(3)

Illustration

Pour illustrer ces lignes, je vous propose trois exemples récents qui nous intéressent : des drapeaux belges devant les caméras (en avril dernier), deux batailles de coussins et un flashmob. Il y a environ un an, au plus fort de la crise, nous étions une petite dizaine à nous rassembler devant le bureau de l’Open VLD et devant l’entrée du 16, en plein direct, avec des drapeaux belges, le résultat est énorme : nous passons sur RTL, RTBF, VTM et VRT plusieurs fois, ce sont des centaines de milliers de téléspectateurs. Succès différent pour le flashmob récent de l’ULB : des étudiants forment le mot « samen » et passent dans de nombreux journaux en ligne, une mobilisation plus grande pour un résultat équivalent mais avec une portée symbolique plus forte. Les deux batailles de coussins sont un exemple frappant : deux évènements identiques qui se suivent, le premier mobilise la VRT et quelques journaux flamands, le deuxième (où il y avait pourtant plus de monde) ne mobilise aucun média. Il faut donc retenir que 1) la télévision reste un média à privilégier 2) le nombre de mobilisés n’est pas important 3) Il faut se réinventer sans cesse pour se faire une place. A noter que ces évènements ont utilisés les réseaux sociaux mais aussi le téléphone, les affiches et les organisations universitaires classiques.

Quoi ?

Mobilisation

Impact médiatique estimé

Drapeaux devant la caméra

5 à 10 personnes

Plus d’un million de téléspectateurs (VRT, VTM, RTB, RTL)

Flashmob « Samen »

200 personnes

Plusieurs milliers de vues sur internet

Bataille de coussins #1

300 personnes

700 à 800 mille téléspectateurs sur la VRT

Bataille de coussins #2

800 personnes

Négligeable (un seul article online, rubrique locale)

 

Conclusions

Notre mouvement se structure déjà comme l’exemple est-allemand, des dizaines de petits groupes qui travaillent peu ensemble mais qui pourraient se structurer, s’organiser avec l’aide d’internet qui ne serait pas l’objectif mais le moyen. Les réseaux sociaux sont motivants mais de manière passive (passive motivator), il faut aller au-delà. Il faut être créatif pour passer à la télé, ce n’est pas une question de moyens ou de participants, c’est une question d’originalité et d’organisation.

 

1: GRANJON F., Les répertoires d’actions télématiques du néo-militantisme, http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=LMS_200_0011

2 : VEDEL T., « La révolution ne sera plus télévisée, internet information et démocratie », in <em>pouvoirs 2006, 2004</em>, n°119, p.41-54

3 : GLADWELL, M., « Small Change », in The New-Yorker online, http://www.newyorker.com/reporting/2010/10/04/101004fa_fact_gladwell?currentPage=1

4 : WIM B.H.J. Van de Donk: Cyberprotest: new media, citizens, and social movements, Routledge, London, 2004, p.30-34

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Amis pro-belges, devenez Néo-militants !

2 réflexions sur “Amis pro-belges, devenez Néo-militants !

  1. Être original, ouais. Comme en tout d’ailleurs.
    C’est mon soucis principal pour mon blog.
    Prendre par l’humour, c’est mon truc.
    Présenter les avantages du système belge par rapport à d’autres systèmes.

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