La Liberté d’expression, une illusion ? (retour sur Dieudonné à l’ULB)

Je suis allé il y a quelques jours au fameux débat et à la projection d’un film sur Dieudonné à l’ULB qui a fait les choux gras de la presse le lendemain. Je reviendrai sur ce qui a été dit dans un prochain article. Mais les organisateurs et quelques intervenants se targuent de proposer une véritable liberté d’expression, totale, objective et universelle. J’ai déduit du film et du semblant de débat qui l’a suivit quelques conclusions dont j’aimerais vous faire part. Je serais aussi ravis d’avoir votre avis.

Je me pose deux questions, la première la Liberté d’expression totale est-elle souhaitable ? Et la seconde: est-elle possible ? Puis-je répondre à ces questions à la lumière de ce que j’ai vu et entendu ce soir là.

Un débat pathétique

Revenons d’abord un instant sur cette fameuse soirée. Durant le débat, il y avait concrètement deux camps, il faut bien l’avouer. Le camp des Israéliens (certains diront: des Juifs) et celui des Palestiniens (certains diront: des musulmans) ainsi que leurs amis. Le premier camp réagit à la provocation de Dieudonné en lui reprochant son antisémitisme et notamment sa volonté de faire tomber les lois anti-négationnistes. Le deuxième camp de reprocher au premier sa confusion entre antisémitisme et antisionisme argumentant qu’il était devenu impossible de parler d’Israël sans être taxer de racisme. On flirt avec des théories du complot d’un côté et un sionisme de combat de l’autre. On peut aussi parler d’exutoire pour les uns et les autres.

Ce soir là, d’une certaine manière, la liberté d’expression à été totale : chacun pouvait dire ce qu’il voulait, applaudir ce qu’il voulait, crier, hurler et maudire à volonté, il n’y avait ce soir là aucune loi dans l’enceinte de l’amphithéâtre. Quel en a été le résultat ? Noms d’oiseaux divers et variés, articles de presse et renvois possible de certains intervenants appartenant au corps académique mais aussi, et c’est autrement plus gênant : antisémitisme et xénophobie, incompréhension totale, cris et pleures. J’ai moi-même été plus que choqué quand cette femme applaudit gaiement les propos négationnistes qui passaient à l’écran : ainsi mes oncles et mes tantes morts en Allemagne auraient mentis depuis leurs tombes? Ce qui a découlé de ce petit débat (nous n’étions pas 200 dans la salle) est énorme. Les deux communautés visées se parlent encore moins, la possibilité d’arriver à un échange idéologie ou politique parait morte mais la haine et la rancœur se sont, elles, renforcées. Il n’y a pas eu débat mais combat de coq. Comment débattre avec comme thème : une provocation, c’était couru d’avance diront certains.

Imaginons maintenant ça à l’échelle d’un pays : ce serait invivable.

Est-ce souhaitable ?

Il me parait normal que certaines lois condamnent le racisme pour que les minorités puissent se défendre car c’est bien d’elles qu’il s’agit. Le négationnisme, ce n’est pas seulement de dire que les Juifs sont riches et ont un grand nez ou que les chambres à gaz ont été exagérées, c’est dire que les Juifs ont fomenté un complot qui a ruiné l’Europe, l’a culpabilisée pour un siècle, pour ensuite créer l’Etat hébreu afin de martyriser la Palestine (cf. Dieudonné, entre autre). C’est un appel à la haine, rien de moins et cela a déjà causé beaucoup de problèmes dans le passé. Ce soir là, c’était la minorité juive qui en a souffert (peu n’est-ce pas, je n’ai pas dis que les intervenants ont appelés à la haine et au négationnisme, c’était le fruit d’éléments isolés dans le public) parfois c’est la minorité Arméniennes ou Roms. Les lois qui affaiblissent la liberté d’expression me paraissent nécessaires pour protéger les minorités de ce genre de dangereux mensonges. C’est un « mal nécessaire » comme dirait l’autre.

Est-ce possible ?

D’un autre côté : Israël n’est pas un sujet interdit par la loi. Il est permit d’en parler pourtant, lors de cette soirée, les sionistes militants de la salle on tout fait pour empêcher le débat. Il n’est pas rare d’ailleurs de voir, dans la vie médiatico-politique les mêmes événements se reproduire. Les mouvements sionistes, et plus globalement les alliés d’Israël, ont créé une sorte de tabou global visant la politique israélienne. Ici, c’est le pouvoir (médiatique, politique, etc…) d’un groupe qui empêche un sujet d’être traité. La liberté d’expression totale (sans contrainte de la loi) me semble impossible car il y aura toujours des idéologies majoritaires qui discrimineront les idéologies minoritaires (cf. l’Histoire) . Il est difficile de parler d’Israël, comme il est difficile de parler de la collaboration en Wallonie ou des crimes de Staline en Russie. Le tabou se fiche bien de la liberté d’expression.

Mes conclusions

Pour résumer je pense que 1) Il faut défendre la liberté d’expression mais pas quand elle met en péril la vie humaine, pas quand elle incite à la haine. 2) La liberté d’expression totale est impossible, il y a aura toujours des groupes qui imposeront des tabous.

La liberté d’expression n’a selon moi rien d’objectif, d’universel, d’idéal ou de naturel : c’est une arme politique comme l’est la démocratie (cf. Les USA en Irak) ou la représentativité (cf. débats sur la souveraineté) rien de plus, rien de moins.

Elle est tantôt utiliser comme arme politique (dans le chef des « palestiniens » de l’ULB par exemple) et tantôt comme bouclier (le négationisme). Elle est utilisée quand on en a besoin, et est nié quand elle ne nous sert pas (débat sur Israël). Pour moi, c’est une illusion.

Maintenant, comme un bon universitaire, voilà quelques pistes qui rendent mon raisonnement moins évident: les caricatures Mahomet, ne mettent personne (au Danemark) en danger et des caricatures de Moïse ou de Jésus n’auraient rien donné pourtant le pays a subit la foudre des régions islamistes, des problèmes diplomatiques et économiques. Autre exemple aux Etats-unis avec le Patriot Act. Jusqu’où peut-on aller dans le conditionnement de la liberté d’expression ?

Qu’en pensez-vous ? (vous vous rendez bien compte que je vous provoque un peu, j’attends des commentaires !)

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La Liberté d’expression, une illusion ? (retour sur Dieudonné à l’ULB)

5 réflexions sur “La Liberté d’expression, une illusion ? (retour sur Dieudonné à l’ULB)

  1. L dit :

    Je n’ai pas assisté à cette lamentable comédie humaine, mais j’ai pu visionner le débat qui a été filmé et mis sur youtube, et tes remarques sur la nature du débat et sur l’attitude des personnes dans l’auditoire me parassent tout à fait justes. Concernant la liberté d’expression, qui est bien le sujet dont il était question, j’ai toujours cru qu’il fallait lutter contre tout obstacle et toute limite au droit à l’expression orale, écrite ou symbolique, mais dernièrement, je n’entends que parler du danger que cet expression constitue et c’est de cela que j’aimerais bien écrire.

    Dans l’histoire, la censure a été un instrument essentiel du pouvoir politique, car l’expression sous toutes ses formes a un pouvoir de persuasion et de subversion si considérable qu’elle peut aboutir à la mise en question du pouvoir en place et finalement à une révolte, voir révolution contre ce pouvoir. Il me semble que c’est de cela qu’il s’agissait lors du débat à l’ULB. Nous étions face à un camp qui voulait faire usage d’une pleine liberté d’expression pour subvertir un pouvoir perçu comme oppresseur, c’est à dire ‘les juifs’, pour les conspirateurs, et ‘Israël’ pour les autres membres du même camp. Politiquement, la liberté d’expression est un instrument de domination et nous voulons toujours limiter l’expression d’idées qui ne correspondent pas à notre vision des choses. Cela rejoint, je crois, ce que tu as exprimé sous l’intitulé ‘Est-ce possible’. À ce sujet, il me parait intéresser de noter, mais peut être je me trompe, que le tabou dans le contexte du conflit israélo-arabe me semble inversé à l’ULB, à un tel point que j’ai connu des personnes qui n’osaient pas dire qu’ils étaient juifs, ici, à l’Université Libre de Bruxelles.

    Le problème avec la liberté d’expression, c’est qu’au niveau politique, elle est utilisée pour manipuler, distordre, corrompre et aggraver la haine qui malheureusement caractérise l’être humain. Tu l’as très bien dit: ‘il n’y a pas eu débat mais combat de coq’. L’expression orale aurait du servir au débat, à l’échange et à une vrai communication, mais la haine et la méfiance mutuelle a rendu cela impossible. Je ne sais pas s’il y avait quelqu’un dans l’auditoire qui voulait vraiment dialoguer, mais je suis sûre que la majorité ne cherchait qu’à vaincre l’autre.

    Faut-il limiter la liberté d’expression? Je pense que la réponse à cette question dépend toujours du contexte et de où on se positionne. Si je suis pour la laïcité et contre la ré-émergence des pouvoirs religieux, je serais pour la liberté de blasphème; si je suis contre le racisme, je voudrais limiter les propos racistes; et ainsi de suite…

    1. belgo3 dit :

      Merci beaucoup de ta réponse très intéressante.

      Concernant ce que tu as mentionné sur une sorte de honte d’être juif à l’ulb, je pense que le climat est tel que d’un auditoire à l’autre, d’un bout de Paul Héger à l’autre la situation change du tout au tout. Parfois honte de dire qu’on est Juif, qu’on est de droite, qu’on est musulmans où qu’on est croyant, le climat au sein du campus est difficile ces temps-ci.

  2. L dit :

    Je veux juste rectifier une faute: là où j’ai écrit ‘pour les conspirateurs’, je voulais dire: ‘pour ceux qui croient en une conspiration juive’.

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