Suisse : la démocratie directe montre ses limites

Le droit de la majorité est le droit du plus fort, il est injuste

Benjamin Constant.

Sans être étonné des résultats du référendum sur les minarets, je trouve le système de démocratie directe de nos « collègues » fédéraux très intéressant. La démocratie directe propose aux citoyens d’accepter, ou non, des normes de tout niveau. Cela peut paraître attirant, « la vraie démocratie » diront certains. Je ne partage pas du tout cet avis. Au contraire, je pense que ce système est véritablement dangereux pour la démocratie.

La démocratie n’englobe pas que des élections libres et des symboles tels que la liberté d’expression ou la libre circulation, elle doit aussi assurer l’égalité entre les citoyens et la protection des minorités. Avec le système de référendum, la majorité impose ses volontés sur la minorité, et sur le gouvernement. C’est la porte ouverte au populisme, à l’émotif, et au vote sanction qui n’a parfois rien à voir avec le thème du scrutin.

La démocratie indirecte ( comme chez nous, par le biais d’élus qui s’occupent des lois sans nous demander notre avis jusqu’aux prochaines élections ) n’est surement pas le meilleur des systèmes, il y a parfois un large fossé entre les électeurs et les élus, qu’il faut tout de même relativiser, mais elle empêche les faux pas comme ceux que nous venons de voir en Suisse.

Je respecte tout à fait le choix du peuple, c’est dans la culture politique helvétique : le peuple a toujours raison.  Ceci dit, il n’a pas pris en compte la politique extérieure du pays, sa réputation à l’étranger, son respect des traités internationaux ou ses propres règles d’égalité (quid des clochers ou des pagodes ? les citoyens musulmans seraient-ils différents des autres ?), et c’est bien normal car les individus qui forment le peuple ne regardent que leurs intérêts et pas celui de la nation, l’intérêt général. On pourrait imaginer un autre exemple : un référendum qui demande d’allouer plus de fonds à l’éducation, suivit d’un autre qui demande de baisser les taxes. On se doute du résultat, catastrophique.

Au final, même si les Suisses voulaient préserver leurs intérêts individuels, ils seront mis à mal par les conséquences négatives qui s’en suivront. Les élus auraient-ils commis la même erreur ? Peut-être, mais au moins auraient-ils pu analyser ce dossier de façon pragmatique et scientifique, de trouver une solution acceptable pour la Nation et ses citoyens.

Pour la petite histoire, et en guise d’appendice, sachez qu’en Belgique, la Constitution interdit le référendum. Pour être précis, disons qu’elle ne laisse pas de place pour le référendum. Par contre, la consultation populaire est possible au niveau communal ou provincial (tant qu’elle ne vise personne en particulier et qu’elle porte sur des thèmes locaux). La différence avec un référendum est que la Consultation Populaire n’oblige pas les dirigeants à en prendre compte. Quant au niveau régional, c’était prévu dans la grrrrrrande réforme de l’Etat de notre Premier Leterme.

Un avis similaire sur l’excellent blog de Charles Bricman : http://blog.pickme.be/2009/11/29/dupont-lajoie-est-donc-suisse/

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Suisse : la démocratie directe montre ses limites

4 réflexions sur “Suisse : la démocratie directe montre ses limites

  1. Hello,

    Je vis en Suisse et je suis tout à fait d’accord avec toi, ce vote est honteux.
    Les Suisses ont mélanger les problèmes de Kadhafi avec cette votation et on ne devrait pas permettre aux peuples de voter ce genre de situation, on pourrait vite tourner à de l’extrémisme.

    Bye

  2. André dit :

    La seule chose de honteuse à propos de ce référendum, c’est les lamentables critiques et insultes faites à ceux qui ont voté pour. Ces gens respectent les lois, paient leurs impôts, leur opinion est donc tout aussi valable que celle de ces représentants élus et de ces soi-disant élites dont la moitié sont des délinquants et l’autre moitié des incapables.

    1. Vous savez, je respecte le loi aussi et je paie les même impôts que vous.
      Je ne dit pas que leur opinion n’est pas « valable », je dis juste que « POUR MOI » ce n’est pas aux peuples de prendre de tel décision.
      Car les conséquences sont grave et que j’aimerai que le Suisse devienne l’Allemagne de 41, si vous voyez ce que je veux dire.
      Sa commence comme ça en tout cas…

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