l’Alyah expliquée à mes potes pas Juifs (tentative)

L’Alyah implique deux convictions politiques. La première, est que le judaïsme est bien plus qu’une religion, c’est une nationalité, comme être belge ou français. Le judaïsme serait donc une Nation et Israël son Etat-Nation. Nous, Juifs de la diaspora, serions des expatriés. Cette vision des choses n’a rien d’évidente, d’automatique, de naturelle. Notez d’ailleurs que, religieusement parlant, cette appartenance à Israël peut aussi être symbolique. Certains Juifs prient pour Israël mais ne reconnaissent pas l’existence politique d’Israël… vous suivez ?

La deuxième croyance, liée à la première, est que les Juifs expatriés feraient mieux de « retourner » « revenir » en Israël, dans leur foyer, « chez eux ». Là, on ne parle plus de symbole, cela veut dire émigrer, recevoir un passeport israélien, payer ses impôts en Israël. Les arguments sont religieux, culturels, politiques et, donc, nationalistes*. On pourrait résumer cet ensemble d’arguments en un mot : le sionisme. Mais c’est un peu plus compliqué que ça …

Presque tous les Juifs sont sionistes. Mais presque tous les Juifs en auront une définition qui leur est propre. Le mot « liberté » dans la bouche de Ghandi, de Ben Laden ou de George Bush n’aura pas du tout la même définition, c’est le problème avec ces termes abstraits. En Belgique, « nationalisme » et « patriotisme » seront synonymes pour certains, antonymes pour d’autres. »Sionisme » renferme tellement de définitions qu’il serait absurde de l’expliquer en quelques mots, comme cela se fait malheureusement très souvent, tant chez certains sionistes que chez certains anti-sionistes.

Je disais donc, presque tous les Juifs sont sionistes, parfois sans y avoir trop réfléchi, comme tous les Belges sont démocrates ou les Français républicains, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont tous tentés par l’Alyah et donc, par une certaine vision du sionisme que je vous ai expliqué plus haut.

Beaucoup de Juifs se considèrent d’abord comme belges, ou européens. D’autres, comme c’est de plus en plus le cas en Europe, partagent une identité complexe ou Israël est certes un pays important, différent, mais il n’est en rien un Etat-Nation. On voit souvent à la télé, ces Juifs qui agitent le drapeau israélien, difficile d’en tirer des conclusions, les choses ne sont pas aussi simples qu’elles n’y paraissent. C’est parfois le symbole d’un pays, parfois celui d’une religion, parfois des deux (en ce compris du côté des antisémites).

Vous l’aurez peut-être compris, moi je n’imagine pas un instant faire mon Alyah. Non seulement je ne considère pas ma religion comme ma Nation (je ne crois tout simplement pas au concept de Nation), non seulement je ne suis pas le plus ardent sioniste politique, mais en plus je n’ai aucune sympathie (ni antipathie) pour Israël qu’il me plaît de visiter en short avec un appareil photo autour du cou mais sans plus.

Ceci dit, vous aurez remarqué que j’écris le mot « Juif » avec une majuscule. Je considère en effet que vu ce qu’il s’est passé, en ce compris dans ma famille, pendant la deuxième guerre mondiale, c’est autre chose que croire, autre chose que prier, autre chose que porter une kippa, c’est une partie intégrante de ce que je suis et de ce que je serai toujours**. C’est aussi pour ça que je considère Israël comme un pays différent, comme celui où se sont réfugiés les survivants et celui où ça n’arrivera plus jamais, c’est ma façon d’être sioniste.

Voilà, comme ça vous avez deux points de vue. Je vous présente mes excuses, ce n’est sans doute pas le texte le plus clair que vous ayez lu cette année***, mais c’est un sujet compliqué, même pour les Juifs… surtout pour les Juifs. Une chose a par contre toujours été claire pour moi, je me permets le droit de me penser moi-même et à ceux qui veulent m’imposer une identité, je n’ai qu’un geste de la main à faire.


 

* Si vous me connaissez, vous savez ce que je pense du nationalisme. Ceci dit, ici, ne le prenez pas péjorativement.

** A ce sujet, l’histoire incroyable de mon cousin Max Iland du Canada (en Anglais)

*** Ni celui avec le moins de fautes d’orthographe …

Aussi : je déteste le mot « Goy », ça me fait penser aux Moldus d’Harry Potter, c’est pour ça que le titre est moche comme ça

Boum, boum, boum #jesuischarlie

Quelques minutes à peine après l’annonce de la fusillade, je vois fleurir sur mon mur Facebook des messages moralisateurs divers. J’ai des « amis » provenant de tous les milieux, je m’attendais à voir de tout.

  • les habituels musulmanophobes (je n’aime pas le terme « islamophobe » qui, comme le terme « antijudaïsme », n’a rien de condamnable) crachant sur tout et sur n’importe quoi, postant des images de Croisés et de Burka, profitant de l’émotion et des divisions.
  • les habituels complotistes, amis de Laurent Louis, de Dieudonné et de tant d’autres, n’attendant même pas les détails de l’affaire pour tirer des conclusions absurdes et attendues: « les Sionistes sont surement dans l’coup », « ces images sont fausses », « on nous ment ».
  • finalement, les habituels gauchistes, ceux qui crachaient sur Charlie Hebdo, qui se prennent pour de nouveaux Mendela, qui refusent la réalité d’un monde qui change, d’une recette ratée, d’un plat qui brûle dans un four mal réglé et de l’odeur de cramé qui se répand dans la maison.

C’est à chaque fois la même chose. J’ai peur quand la bombe explose, ou quand les fusils tirent, et j’ai peur quand Facebook s’allume, quand twitter se met en branle. Les attentats terroristes me font penser à des avions qui passent le mur du son, il y a deux boums. Le premier, l’attentat lui-même, la mort, la violence, la tristesse, la peur. Le deuxième, la réaction, la colère, la récupération, la connerie. Les Islamistes réussissent toujours mieux le deuxième boum que le premier, qui s’oublie vite, noyé qu’il est dans les torrents de mauvaises nouvelles quotidiennes.

Le deuxième boum, il va nous poursuivre pendant des mois. Si fort, il va nous empêcher de penser et parler, il va nous faire regarder des femmes voilées d’un oeil torve dans la rue, il va nous faire monter les yeux aux ciels quand des idéalistes chantent John Lenon, il va nous faire regarder les vidéos de pseudo-investigations qui essaient de nous faire croire que le tireur n’a pas vraiment tiré sur le policier à terre, il va nous faire hésiter quand, le jour du vote, la case « extrême-droite » ne nous dégoute plus autant qu’avant.

La police a eu le courage d’affronter le premier boum, ils se sont lancés dans le magasin et dans l’entrepôt, nous donnant en passant une fameuse leçon de courage. A nous de nous lancer dans le deuxième, d’affronter la bêtise et de ne pas abandonner. De combattre cette pollution des esprits qui nous empêchent de réfléchir, de continuer à rire des Arabes et des Juifs, de continuer de croire que la démocratie et l’égalité valent la peine de se battre et de soutenir ceux qui se battent, littéralement comme littérairement, pour nos valeurs.

A nous de faire le troisième boum.

La théorie du pourrissement (de la NVA)

Avec des Jan Jambon et des Theo Francken, les scandales n’ont pas terminé de venir ternir l’image du gouvernement et de ses composantes. Un gouvernement qui, Bart De Wever vient de le rappeler, ne doit pas tomber. En s’accrochant ainsi à un pouvoir immobile et malgré des raisons qui, dans n’importe quel autre pays démocratique du monde, auraient amené (au moins) à un remaniement ministériel, rien ne changera de si tôt. Et, la célèbre théorie du pourrissement, jadis imaginée pour affaiblir le pouvoir fédéral, pourrait se retourner contre ses créateurs.

Scandales

Les journalistes flamands ne sont pas en reste quand il s’agit de s’attaquer à la NVA. Alors qu’ils étaient plus silencieux lors de la campagne électorale, craignant sans doute qu’on ne les accuse de partialité, tant les grands journaux que les Pure Players, comme le décidément très bon apache.be, couvrent intensément dérives et casseroles. On ne doute pas que pour une frange importante de la NVA, les anciens du Vlaams Belang par exemple, ces scandales ne changent pas grand chose à l’équation, par contre, ceux pour qui le parti était d’abord celui des réformes économiques (et du bourgmestre d’Anvers) seront sans doute déçus.

Changements attendus

V voor Verandering, le C du changement, était le slogan du plus grand parti du pays. La NVA, très forte dans l’opposition montre déjà des signes de faiblesses dans la majorité. Ils tombent dans les mauvaises habitudes de la particratie en plaçant leurs pions comme le font les partis traditionnels et en jouant avec les règlements. Autrement dit, ils se traditionnalisent. Leurs ministres, tant au niveau des régions que du pays, peinent à marquer les esprits et campent toujours, terriblement bas dans le baromètre de popularité. Nous n’en sommes, bien sûr, qu’au début mais je prédis un fameux retour sur terre pour ceux qui s’imaginaient 5 ans de fêtes et une arrivée facile et victorieuse à la fin du parcours.

Pourrissement

Charles Michel n’aura sans doute pas le courage de mettre Jan Jambon à la porte. C’est Bart qui a le dernier mot sur la question et il perdrait le soutiens de sa base ultra qui retournerait fissa au VB. Finalement, la belle-mère n’a pas plus de pouvoir que le Père sur la question, Bart est dorénavant à la tête d’une énorme machine, et il ne suffit plus d’appuyer sur un bouton pour tout changer. A moins d’une incroyable reprise économique et d’une gestion efficace de l’Etat, que ne recherchent d’ailleurs pas tous les membres du parti, on doute que la population suive encore longtemps la marche, les deux doigts levés en forme de V.

Tenir

De toute façon, quand bien même la tentation de tout abandonner leur passerait par la tête, les temps ont changé. La population n’accepterait plus aussi facilement les chutes de gouvernements incessantes qui jalonnaient l’histoire politique de notre pays (d’ailleurs, c’est rendu impossible dans les régions et communautés) et la NVA sait qu’elle ne doit surtout pas provoquer elle-même la fin de l’aventure suédoise. Aucun autre parti ne veut risquer un tel scénario, d’où, sans doute, le silence assourdissant qui accompagne les révélations Jambonnaises (désolé) mais cette attitude attentiste, un moindre mal à court terme, pourrait bien être le début de la fin de ceux qui rêvent encore d’une NVA à 40% en 2019.