World War Web

Je m’éloigne un peu de mes sujets habituels pour revenir sur la nuit passée et ses enjeux.

Megaupload

Megaupload est un site de partage assez particulier, vous pouvez “uploader” (l’inverse du download donc) des fichiers sur ce site de façon anonyme. On peut par exemple, comme c’est le cas dans ma faculté, uploader des résumés de cours. Mais le site (et ses clones) est aussi très souvent utilisé pour uploader des fichiers musicaux et vidéos. En ce qui concerne les vidéos, un sous-site “MegaVideo” permet de regarder ces vidéos en streaming (sans les télécharger) et c’est un fait commun que de très nombreux internautes y regardent par exemple des séries le lendemain de leurs diffusions aux Etats-Unis et en V.O. (parfois sous-titrées) plutôt que d’attendre presque un an pour avoir une version affreusement doublée chez nous. Megaupload tranche donc par sa simplicité et sa rapidité, mais aussi son illégalité.

Kim Dotcom, fondateur de Megaupload

Quoiqu’il en soit le FBI, la police fédérale américaine, a joué son avenir hier en arrêtant le fondateur de Megaupload Kim Dotcom ainsi que plusieurs collaborateurs un peu partout dans le monde et très rapidement (Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, …), certains risquent jusque 4 ans de prison pour s’être ainsi enrichit (même si les téléchargements sont gratuits, il est possible d’acheter un compte premium) et malgré le soutient de nombreuses stars américaines de la chanson et des médias le site Megaupload et toutes ses déclinaisons ont été fermés.

Contexte

La fermeture du site doit être vue dans un contexte générale de confrontation entre d’une part les Maisons de disques, les Copyrights et Hollywood et d’autres part les sites de partage souvent soutenus par une population très critique vis-à-vis des médias traditionnels trop chers et trop lents. Comment en effet ne pas se poser des questions en voyant d’une part l’énergie dépensée par les Majors pour dénoncer les “vols” et “piratages” sur Internet quand on voit à côté les millions de $ qu’engrangent ceux-ci? Ou encore, comment ne pas hésiter entre un film à la télé, mal doublé et entrecoupé de pub; un (mauvais) film au cinéma à presque 10€ avec des gosses qui tapent dans les sièges et … faire trois clics et avoir son film dans les conditions que l’on veut (et avec une qualité acceptable si on cherche un peu).

Les Lobbies font un travail énorme, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Aux USA deux lois devraient prochainement être votées. SOPA pour Stop Online Piracy Act vise aussi les sites qui proposent des liens vers les vidéos, il ne s’agit donc pas seulement des “tricheurs” eux-mêmes mais de ceux qui en profitent. Ainsi, le simple fait de mettre ici sur ma page un lien vers une vidéo de YouTube par exemple qui propose un contenu sous copyright me mettrait en danger et je pourrais risquer jusqu’à 5 ans de prison. Autre exemple, si pour illustrer mon article j’osais mettre une image sous copyright, rebelote.  Avec un autre projet de loi (PIPA pour Protect Intellectual Property Act) et des lois déjà en vigueur le législateur américain se donne les armes pour supprimer des sites très facilement et arrêtez ses fondateurs partout dans le monde (Dotcom a été arrêté en Nouvelle-Zeelande, sa maison fouillée, etc…). A ces lois américaines se rajouteront bientôt une loi européenne. Pas besoin en effet d’aller aux USA, le parlement Européen s’apprête à voter, dans le silence général, une règle du même style : ACTA (Accord Commercial anti-contrefaçon), une loi qui n’est même pas rédigée par les élus et qui reste, au jour d’aujourd’hui, plus ou moins secrète.

Les vieux médias contre les nouveaux

La plupart des grandes maisons de disques et de films soutiennent ces lois, ainsi que par exemple les clones français que sont Hadopi et Loppsi, et arguent qu’ils perdent des millions. A leur décharge l’industrie du disque (en ce compris du disque dématérialisé ou mp3 et consorts) doit probablement perdre beaucoup depuis qu’il est aussi simple de télécharger gratuitement une chanson que de redémarrer un ordinateur. Mais beaucoup réagissent en se lamentant de la mauvaise qualité d’une musique “mouchoir” qu’on jette aussitôt après utilisation vu le peu de qualité et le super formatage de tubes. Idem pour les films, un bon film subit beaucoup moins les affres du piratage, un mauvais remake bourré d’effets-spéciaux ne vaut pas l’UGC De Brouckère.

C’est sans surprise que les nouveaux médias de l’internet sont beaucoup moins enthousiastes par rapport à ces lois. Le fondateur de Facebook a écrit sa méfiance, tout comme ceux de Yahoo ou Google. On parle d’entrave à la liberté mais aussi à l’innovation (un simple montage photo utilisant des parties sous copyright comme il en circule des centaines de milliers deviendrait illégale). Une bataille entre lobbies a commencé aux Etats-Unis et on se demande qui gagnera et si c’est bien démocratique.

La réplique

Venons-en à la nuit passée. J’ouvre mon ordi vers 11h30 histoire de checker mes réseaux avant d’aller dormir. Je découvre la fermeture de Megaupload et sur Twitter la guerre est déjà lancée. Au fil de la soirée, on parlera d’ailleurs de plus en plus de World War Web. Les Anonymous sont une sorte de fédération mondiale de pirates autoproclamés défendeurs des voiceless. Ils ont fait parlé d’eux en Belgique il y a peu en fermant le site internet d’Arcelor Mittal juste après les décisions de fermetures d’usines dans le sud du pays. Anonymous la nuit dernière c’était, d’après la CNN, plus de 27.000 ordinateurs dont le seul but était de fermer plusieurs sites américains. Le site du Département de la justice va tomber ainsi que les sites des grands majors (BMI, Warner, Universal). Un peu plus tard dans la nuit c’est le coup de théatre : le site du FBI ferme à son tour, puis viendra celui de la Maison Blanche.

Capture d'écran du site du FBI pendant la nuit dernière

Sur Twitter, ça chauffe. Le monde entier regarde les sites des grandes institutions américaines (pas uniquement, le site de la SABAM espagnole sera bloqué lui aussi) tombés les uns après les autres. Pour vous donner une idée, j’ai un petit programme qui me permet de voir défiler les “tweets” en temps réel (le twitter.com classique demande d’actualiser) je n’avais tout simplement pas le temps de lire les messages et mon ordi m’a vite signalé une surchauffe (comme si j’utilisais un programme très puissant).

Le site de la Maison-Blanche, fermé pendant quelques instants

On peut bien sur se demander si cela va vraiment changer quelque chose. Ces sites sont opérationnels depuis ce matin et peu de médias en parlent (connaissiez-vous ACTA ?). A l’inverse, on peut aussi se demander si le FBI n’a pas provoquer le monde du Web (on estime que Megaupload concerne 4% de l’Internet !) et si vouloir interdire le partage illégale n’est pas un combat perdu d’avance.

Symboliquement par contre, la nuit dernière est probablement à marquer d’une pierre blanche, c’est la première fois que le monde du Web (une partie) se lève contre les puissants lobbys des anciens médias. Ce n’est pas qu’un conflit générationnel, il s’agit ici de deux visions différentes de l’internet. L’une où le World Wide Web doit ressembler en tout point au monde réel, en ce compris dans les droits du Copyright. L’autre où la liberté totale est encouragée. On est malheureusement loin du juste milieu.

PS : après relecture, je trouve ne pas avoir insisté sur le fait que je considère l’histoire de MegaUpload comme la goutte qui a fait débordé le vase.

PPS : j’ai oublié de vous préciser que Twitter a aussi participer à la censure en supprimer les tending topics  (un moyen de voir si tel ou tel sujet à du succès) #opmegaupload (pour opération mégaupload) et ses clones.

PPPS : petite parodie qui résume bien la situation d’une série qui n’a jamais été diffusée chez nous (Shame).

8 comments on “World War Web

  1. Tu ne parles pas de la pétition d’Avaaz !

  2. “Vous avez remarqué comme Avaaz, comme outil de fichage des “dissidents” y a pas mieux … ?”
    - https://www.facebook.com/pages/Avec-avaaz-veut-on-nous-faire-signer-puis-oublier/230752067001336

    • Merci pour ce lien intéressant. De fait, il y a beaucoup de critiques vis-à-vis des pétitions (déresponsabilisation, fichage,…). Maintenant, je doute que ceux qui ne font que signer la pétition auraient fait quoique ce soit si les pétitions n’existaient pas. Ceux qui veulent agir, agissent, avec ou sans pétition. Quant au fichage il faut étudier la question en effet.

  3. merçi pour l’article…ce n’est pas fini…peu importe si cela va changer quelque chose , si on ne réplique pas on va finir en hot dog

  4. C’est d’un stupide… Les vieux médias ne comprendront donc jamais que la liberté sur internet les sert? Plusieurs études (désolé je n’ai plus les sources par contre) ont montré que le téléchargement illégal augmentait les ventes légales, ce qui est assez logique.
    Deux exemples personnels:
    -je suis souvent sur des blogs musicaux qui proposent des morceaux de musique gratuite d’artistes peu connus. En nous faisant découvrir cette musique librement, je n’ai jamais autant téléchargé légalement et acheté de CDs que l’année dernière, souhaitant supporter cette bonne musique.
    -L’année dernière, atteint de la grippe A, j’ai passé une semaine dans mon lit et pour tuer le temps j’ai regardé des séries que j’avais téléchargées illégalement. J’ai ainsi découvert Doctor Who, série que maintenant j’idolâtre et dont je possède nombre d’objets dérivés et tout les DVDs et Blu Rays. J’ai même prévu un voyage à Cardiff pour aller à la convention de la série, je fais donc même marcher le tourisme. Mais si je n’avais pas eu l’occasion de télécharger, je n’aurais jamais connu ce programme, étant présent que sur france 4 avec un doublage immonde ou diffusée en rediff à des heures sûrement impossibles et sans sous-titres sur les chaînes anglaises.
    Les gens ont la possibilité avec le téléchargement illégal de disposer de ce qu’ils veulent, ils finiront par favoriser par plein d’autres moyens l’industrie par des moyens détournés (concerts, produits dérivés, collectors, etc..).

    • Tout a fait d’accord.

  5. Vous vous êtes planté, le site de la maison blanche est en .gov et non en .org (une copie sans doute fermée pour éviter les abus). Leur site est resté en ligné pendant l’attaque des kévins anonymes.

    Pour le reste, je pense que vous mélangez un peu tout. La fermeture de Mega, véritable organisation mafieuse, est une bonne chose pour l’Internet décentralisé et neutre.

    Très instructif, l’acte d’accusation où vous pourrez compter les voitures de luxe que le gros Kim laissait rouiller dans la villa la plus chère d’Auckland: http://www.scribd.com/fullscreen/78786408

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