La guerre contre l’Etat Islamique : à l’attaque de l’Estasia !

Je me souviens encore des débats concernant la guerre en Lybie et l’intervention de l’armée belge dans un pays qui était considéré quelques mois auparavant sinon amis, en tout cas certainement pas ennemis. Au Parlement belge, on s’est levé comme un seul homme pour confirmer la participation militaire de la nation au sein d’une force internationale pour libérer le peuple libyen de son ancien président devenu, récemment, dictateur. Il n’y a eu à l’époque aucune opposition importante, aucun groupe pacifiste, rien. Quelques années plus tard, la Lybie est au bord du chaos, si ce n’est pire encore, son peuple n’est pas plus libre qu’avant, et la démocratie n’a pas gagné grand chose au change. Il n’y a pas eu de remise en question, on ne sait pas où sont allées NOS bombes, personne ne réclame de commission, comme si tout s’était passé normalement alors que rien ne va.

Avec l’Etat Islamique c’est le même scénario. Sans aucun débat, aucune discussion, aucune opposition, la Belgique et l’Europe rentrent à nouveau en guerre. On va de nouveau envoyer des armes à des gens qu’on ne connaît pas, de nouveau envoyer des bombes au nom de la démocratie, de nouveau s’engager dans un conflit où on ne sait pas très bien qui sont nos alliés et qui sont nos ennemis. Bachar El Assad, hier le pire dictateur du coin, devient notre allié objectif dans la lutte contre la meilleure entreprise de communication au monde : l’E.I.. On doute que la nouvelle Coalition of the Willing face preuve du moindre recul et de la moindre tentative de communiquer, ils vont rentrer d’dans, comme d’habitude, et repartir ensuite, laissant à la population locale le soin de ramasser les morceaux. On se jette les yeux fermés dans une nouvelle intervention internationale qui n’est soutenue par aucun grand état arabe sinon l’Arabie Saoudite, grand réservoir à terroristes qui, jadis, fournissait Al Qaïda, devenue has been, et qui n’a aucune leçon de démocratie à donner.

Pire encore, cette fois, sous les bombes, les chances sont grandes qu’il y ait des Belges et d’autres européens. Nous allons donc envoyer des explosifs et des drones pour tuer des compatriotes. La situation est complètement dingue et serait même surréaliste et drôle si au final, il n’y avait pas autant de sang. Les conflits  de ces derniers temps se déclenchent comme des dominos, plus il y a d’interventions, plus il y a de haine, plus il y a de nouvelles raisons d’intervenir, un cercle infernal, un piège grand comme une maison dans lequel nous tombons les yeux fermés. Quel sera l’impact de ces nouveaux bombardements si ce n’est renforcer l’image de "résistants" de nos nouveaux ennemis ? Il y a évidemment la question humanitaire, et il faut en effet aider les populations locales par tous les moyens possibles et imaginables mais pourquoi aider avec une main et détruire avec l’autre ?

Je n’aurais jamais tenu un discours comme ça il y a quelques années. J’étais assez enthousiaste pendant l’intervention en Afghanistan. Les Talibans "méritaient" tout ça après le 11 septembre. J’étais outré du refus de la Belgique d’intervenir en Irak malgré la présence d’un dictateur qui y régnait depuis bien trop longtemps. Mais à chacun des conflits du 21ème siècle, j’ai appris, j’ai compris et aujourd’hui j’ai du mal à croire que je sois le seul.

Pourquoi le PS va tomber dans le piège de Bart De Wever, et pourquoi ce n’est pas si grave

Ce n’est pas un secret : la N-VA n’a pas du tout abandonné son projet indépendantiste. Elle n’a pas non plus changé de méthode et cherche toujours à prouver par l’expérience que l’Etat belge ne peut pas fonctionner. De nombreux columnists l’ont souligné ces dernières semaines dans les journaux néerlandophones, Bart De Wever veut pousser la Wallonie, et singulièrement le PS, à réclamer le confédéralisme dont il rêve tant. Il attend un gouvernement aussi à droite que possible pour raviver les volontés régionalistes présentes depuis toujours du côté francophone.

Le Parti Socialiste et singulièrement Elio Di Rupo, se sont érigés en grand protecteur de l’unité du Royaume, il ne faut cependant pas être naïf au point de penser que la pérennité du pays est un objectif en soi pour le PS ou qu’il est partagé par tous. Tout comme le cdH de Milquet, le PS de Di Rupo s’est approprié le drapeau national dans un but purement électoraliste. Le parti est loin d’être, historiquement, le plus unitariste du pays, mais sa participation à tous les gouvernements fédéraux de ces dernières années a atténué la facette moins noir-jaune-rouge du parti, cette page est tournée.

Si la suédoise arrive à tenir jusqu’aux prochaines élections, les mesures très à droites sur une très longue période vont pousser les régionalistes à sortir du bois. Bart De Wever sait qu’il a bien plus d’alliés objectifs dans le sud … que dans le nord, où la N-VA s’est esseulée, et qu’il n’aura pas besoin de grands efforts pour les motiver.

Tous les observateurs et acteurs francophones ont beau connaître le plan du bourgmestre d’Anvers, ils tomberont dans le panneau. Ils commenceront à parler de deux démocraties, avec d’autres mots, et d’un gouvernement fédéral trop flamand. Les pseudo-belgicains donneurs de leçons d’hier deviendront les « pragmatiques » de demain, ils « reconnaîtront la réalité » et réclameront progressivement le confédéralisme.

La Belgique n’est pas sortie de sa crise existentielle et elle s’y enfoncera encore plus si les socialistes francophones tombent dans le piège de la N-VA, ce qui arrivera. Ceci étant dit, tout comme le cdH, le PS n’est plus ce qu’il était, en ce compris en Wallonie, et à moins que cet enième gouvernement régional socialiste n’enregistre de très bons résultats, d’autres partis bien moins portés sur le confédéralisme (comme le très unitariste PTB) pourraient encore gagner en importance. C’est la faille du plan parfait de Bart De Wever, il compte sur le long terme sur un PS en perte de puissance. Un PS qui a perdu environ 100 000 électeurs en 4 ans* et qui, d’après les sondages, ne roule pas sur l’or ces derniers temps**.

Paul Magnette, l’actuel président socialiste, a répété plusieurs fois, dans l’espoir d’y gagner quelque chose, que la N-VA montrait son vrai visage quand elle parlait de séparatisme. C’est maintenant au tour du PS de montrer ce qu’il pense de la Belgique. Est-ce un pays qu’il souhaite sincèrement garder, ou n’est-ce qu’un instrument comme un autre, dont on peut se séparer quand il ne sert plus …

*comparaison entre les élections fédérales de 2010 et de 2014

** http://www.levif.be/actualite/belgique/sondage-le-mr-se-rapproche-du-ps-en-wallonie/article-normal-66135.html  ce sondage date d’avant les élections, mea culpa.

PS : oui, je suis de retour :)

Le Meuse plutôt que le Jourdain

etoile-de-david-2[1]

Mes amis proches ont toujours regardé cette partie de mon identité avec beaucoup de curiosité. Si j’avais gagné un centime chaque fois que j’ai entendu “c’est la première fois que j’en rencontre un, je ne vous imaginais pas comme ça !” je serais riche. Je ne l’ai jamais mal pris, ça m’a toujours fait rire, même quand j’étais très jeune. A Liège, on n’est pas très nombreux alors c’est inévitable, on me voit parfois comme un martien.

J’ai souvent dû expliquer ce que ça voulait dire, alors que je ne l’ai pas toujours très bien compris moi-même. Non, je ne “crois” pas en ça, oui on “fait” ça, non on ne peut pas “manger” ça. Pour ne pas en parler des heures, j’ai construit une sorte de mode d’emploi facile mais qui, en fait, ne voulait pas dire grand-chose: être Juif c’est …

En primaire, c’est surtout celui qui ne va ni au cours de morale, ni au cours de “religion”. En secondaire, c’est celui qui “mange toujours en classe avec sa prof qui est si gentille”. Je suis aussi celui qui va au “temple” et qui porte un drôle de “chapeau”. Celui qui s’en prend plein la gueule dans South Park. Celui aussi vers qui tous les regards se tournent quand passe la bande originale de Rabbi Jacob. De nouveau, ça me faisait (fait) rire, je l’ai toujours pris comme ça et ce n’est jamais méchant.

A l’université, les choses se sont un peu gâtées, c’était moins drôle. Bien sûr, avec mes proches, je n’ai jamais eu de problèmes, que du contraire. Par contre, dans les couloirs, dans les salles de cours et pendant les conférences et les discussions facebook d’étudiants, je suis soudain devenu “probablement sioniste”, “probablement anti-palestinien”, “probablement riche” et plein d’autres “probablement”. Beaucoup de méchanceté.

Mes conversations avec des inconnus changeaient de ton dès qu’ils savaient. Parler d’Israel est presque devenu obligatoire quand on s’adressait à moi et à une époque, je suis rentré dans le jeu, je ne savais pas vraiment quoi faire d’autre. Je me suis senti obligé de défendre ce pays que je connais à peine pour me défendre moi-même.

La vérité pourtant, c’est que je me sens aussi Israélien qu’Islandais. Ça n’a rien avoir avec sa politique, ses colonies ou son parlement, je ne me sens en rien lié avec ce pays, point barre. Pourquoi me colle-t-on le drapeau bleu et blanc sur le front dès que je parle de mes “origines” ? Je le sais, mais avec le temps j’ai appris à m’en foutre, mon peuple ce sont mes amis et ma famille, le reste n’a pas d’importance.

Pourtant, face à ce qui s’est passé au Musée Juif de Bruxelles, mes convictions si solides sont mises à rude épreuve. Ce que je lis sur les réseaux sociaux depuis des mois et cet attentat confirment que quoique je fasse, quoique je dise, la forme de mon pénis et le nom de famille de ma mère restent, pour certains, une raison suffisante de pointer une arme dans ma direction et de viser ma tête. J’aurais été par hasard dans ce beau petit musée, ma mort aurait été excusée par la politique israélienne, la banque de Rothschild ou je ne sais quel autre fantasme par les trop nombreux ploucs qui pullulent sur le web.

Alors que faire ? Je vois beaucoup de membres de la “communauté juive” cracher sur l’Europe et proposer le “retour” en Israël comme unique solution. Comment les en blâmer, je les comprends parfois, mais je ne peux rien y faire, je me sens belge, européen, c’est comme ça, la Meuse plutôt que le Jourdain. Alors que faire ? Avoir confiance, confiance que quelque chose se passe, confiance qu’on prenne le problème en main. Confiance que l’immobilisme ne sera pas, une fois de plus, la réponse au problème du racisme, de l’antisémitisme et de toutes autres formes de conneries de ce genre. Confiance.